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Réfugiés, migrants, SDF, dealers, violeurs: l’insupportable confusion

le lundi 3 octobre 2016 dans Espace, Flux, Géopolitique, Société | 0 commentaire

Après avoir clôturé sa frontière sud avec la Serbie et la Croatie pour contenir les migrants, la Hongrie, une des portes d’entrée de l’Union européenne, a voté ce dimanche pour appuyer la politique de rejet des réfugiés du Premier ministre, Viktor Orban.

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Source: Le Monde

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Source: La Croix

 

Le gouvernement hongrois avait lancé le 20 juillet, une nouvelle salve de messages hostiles aux migrants dans le cadre de sa campagne autour du référendum sur la répartition des réfugiés dans l’Union européenne.

« Le saviez-vous ? Les attentats de Paris ont été commis par des migrants ? », allègue un des slogans à propos des attentats du 13 novembre 2015, qui ont été commis par une dizaine d’hommes, dont deux s’étaient mêlés au flot de réfugiés syriens et irakiens de l’été 2015.
D’autres affirmations suivent : « Le saviez-vous ? Les abus contre les femmes ont augmenté de manière exponentielle depuis le début de la vague migratoire en Europe » ; « Le saviez-vous? Plus de 300 personnes sont mortes en Europe depuis le début de la vague migratoire » ; « Le saviez-vous ? Bruxelles veut que nous recevions un nombre de migrants équivalant à la taille d’une ville » ; « Le saviez-vous ? Rien que de Libye, un million de réfugiés attendent de venir en Europe ». (Le Monde)

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La question du référendum était la suivante:«Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois?» Ce référendum fait référence au plan de «relocalisation» de 160 000 demandeurs d’asile entre les 28 Etats membres de l’Union européenne. Comme escompté, le non aux relocalisations de réfugiés au sein de l’UE l’emporterait largement, avec 95% des suffrages. Cependant, la consultation est invalide, le nombre de votes exprimés devant représenter 50% des inscrits, au nombre de 8 millions. En effet, la participation s’est élevée à 45%, selon de premières données annoncées par le vice-président du Fidesz, Gergely Gulyas. L’opposition avait appelé au boycott ou au vote nul. (Libération)

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Viktor Orban, le 14 septembre à Lesovo, à la frontière entre la Bulgarie et la Turquie, où a été érigée une barrière pour stopper la venue de demandeurs d’asile. Photo Nikolay Doychinov. AFP

L’acceptation du référendum aurait ouvert la voie à une modification de la Constitution pour rendre la législation hongroise prioritaire sur les  traités internationaux. Pour Csaba Toth, directeur du think-tank Republikon, Orban «est convaincu que dans dix ans, il y aura plus de Le Pen que de Merkel en Europe ; il se voit en leader de cette nouvelle Europe où la Hongrie aurait plus d’influence» .

D’après: http://www.liberation.fr/planete/2016/09/30/hongrie-le-plebiscite-de-la-peur_1516237http://www.liberation.fr/planete/2016/10/02/hongrie-le-referendum-anti-migrants-adopte-mais-invalide-faute-d-electeurs_1518534http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/07/20/nouvelle-campagne-de-budapest-contre-les-migrants_4972335_3214.htmlhttp://abonnes.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/09/04/comprendre-la-crise-des-migrants-en-europe-en-cartes-graphiques-et-videos_4745981_4355770.html.

 

Libération consacre la Une de son édition d’aujourd’hui à l’accueil des migrants par les Français, accueil très contrasté suivant les endroits, « les bras à demi ouverts ».

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L’Etat s’étant fixé comme objectif de démanteler d’ici la fin de l’année la «jungle» de Calais, où vivent entre 7 000 et 10 000 personnes dont 80% peuvent prétendre à l’asile, ces réfugiés doivent être relogés dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO) répartis sur l’ensemble du territoire français.

Ce relogement a suscité un commentaire de Marion Maréchal-Le Pen, invitée par Jean-Jacques Bourdin le 27 septembre sur BFMTV et RMC. Interrogée sur le plan de répartition des migrants annoncé par le gouvernement, la députée Front national du Vaucluse a estimé qu’on allait ainsi « éparpiller la poussière ».

http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/fermer-la-jungle-de-calais-eparpiller-la-poussiere-pour-marechal-le-pen-871187.html

Laurent Joffrin commente dans son éditorial:

Accueillis par petits groupes dans des locaux en général inoccupés, ces réfugiés ne rencontraient guère d’opposition dans les villages où ils étaient logés. Au contraire, dans beaucoup de cas, leur présence suscite des actions de solidarité montrant que la France, en dépit d’un vote Front national important, n’est pas, dans sa profondeur, le pays intolérant que certains se plaisent à décrire. Or dans l’espoir un peu minable de gagner des soutiens électoraux, le président de LR, suivi par quelques autres, s’est lancé dans une sonore diatribe contre de pauvres gens dont le crime est de chercher refuge auprès du «pays des droits de l’homme». Aussitôt, les préjugés, les craintes, les idées reçues ont fait florès et l’intolérance a soudain gagné en visibilité publique.
Il faut pourtant rappeler quelques réalités élémentaires. Si la France accueille ces réprouvés, ce n’est pas par un réflexe de bisounours. C’est parce qu’elle a signé en 1951 la convention internationale qui définit le droit d’asile et qui oblige juridiquement les pays hôtes à conférer un statut honorable aux personnes chassées de chez elles par la répression ou la violence guerrière. Refuser ce devoir consacré par les textes, c’est contredire à la fois la lettre de la convention et renier l’engagement ancien de la France en faveur du droit des gens. Aussi bien, le nombre des réfugiés qu’on souhaite répartir sur le territoire reste modeste : entre 10 000 et 15 000.

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Le quotidien publie des reportages réalisés dans quelques petites villes et villages. A Forges-les-Bains (Essonne), où le bâtiment d’un futur centre d’accueil de réfugiés a été incendié, on installe des caméras devant le portail du futur centre d’accueil et d’orientation pour réfugiés (CAO) et à proximité de l’école primaire.

« Ces caméras sont censées rassurer les 3 700 habitants angoissés par l’arrivée prochaine de 91 réfugiés dans leur commune. Kévin, 23 ans, les «comprend». «Si c’était chez moi à Villejust [à quelques kilomètres de là], je ne voudrais pas de ce centre. On ne sait pas d’où ils viennent, et avec tout ce qui se passe» dit-il, faisant allusion aux attentats.
«On est en pleine vigueur, à cet âge-là !» estime le président du conseil syndical d’une résidence située derrière le centre d’accueil. La soixantaine, houppette grise et lunettes, il propose qu’au lieu d’accueillir ces hommes, «on leur mette un uniforme, on leur apprenne à se battre, et on les renvoie chez eux défendre leurs terres». L’épisode de Cologne, en Allemagne, qui a vu des dizaines de femmes agressées, parfois sexuellement, par des hommes en majorité maghrébins lors de la dernière Saint-Sylvestre, revient souvent. «Les mères ont peur», entend-t-on dans la ville, ou «voir les migrants sera anxiogène pour les enfants». «Il y aura de l’Afghan, du Somalien, de l’Erythréen», tâtonne un retraité.

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A Bellenaves (Allier), 1 100 âmes environ, des habitants ont offert des habits, des vélos et des cahiers aux 20 demandeurs d’asile que la commune accueille – onze jeunes originaires du Soudan et d’Afghanistan arrivés en février, rejoints par deux familles syriennes en août.

Abdelkrim, un Soudanais assis en tailleur sur un lit, raconte à quel point les villageois le gâtent. Il parle de légumes aussi : pas loin, il y a un lopin de terre sur lequel on les laisse cultiver. «Ça nous donne l’impression de gagner quelque chose avec nos mains et de ne pas simplement profiter de l’hospitalité. On ne sait pas toujours comment se rendre utiles et ça me met parfois mal à l’aise.»
Dans une demi-heure, Abdelkrim a rendez-vous au stade avec quelques-uns de ses colocataires. Cette année, le club de foot de Bellenaves a décidé d’intégrer des réfugiés, ce qui lui a permis de créer une deuxième équipe. Dans les vestiaires, avant le match, on entend des «merci» tout le temps, et des petites vannes en français entrecoupées de quelques mots d’anglais et de gestes qui font marrer tous les joueurs.
Les habitants croisés expliquent que le comportement des réfugiés ne donne aucune occasion de susciter des tensions. Ils prennent des cours d’alphabétisation avec des bénévoles, apprennent vite, sourient et certains d’entre eux marquent au foot le samedi soir contre des communes voisines. Ces buts avec le maillot du village sur le dos aident à retenir les prénoms dont on n’avait pas l’habitude ici, ainsi que les parcours qui vont avec : les barques en Méditerranée, la Grèce, la «jungle» de Calais. Autour de la pelouse, quelques jeunes racontent, binouze et clope à la main, qu’ils ont déjà été en boîte de nuit avec des réfugiés. Pas comme on se pavanerait d’une bonne action, plutôt comme on parlerait d’une soirée avec des étudiants en Erasmus. Mehdi : «Le grand Soudanais en défense… un délire, il écoute tellement de rap américain.»

 

24 Heures fait également sa première page sur les rapports difficiles entre un certain nombre de migrants qualifiés de SDF et la population d’Yverdon.

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L’évacuation du campement du sleep-in de Renens en juin a poussé de nombreux migrants de l’Afrique de l’Ouest à venir à Yverdon. Ils seraient une septantaine, tous des hommes plutôt jeunes, la plupart venant du Nigeria, sans domicile fixe, à vivre dans le chef-lieu nord-vaudois. Ils sont venus ici car ils y connaissent des compatriotes, expliquent plusieurs d’entre eux.
La nuit, ils dorment dans des parcs, sous des ponts ou à la Lucarne, l’hébergement d’urgence géré par Caritas. Le jour, on les voit en petits groupes, condamnés à l’oisiveté, sur les bancs du parc japonais, à la gare et dans la zone piétonne du centre-ville. Autant dire que dans une ville de 30 000 habitants, leur présence en plein cœur de la cité ne passe pas inaperçue.
Ils sont persona non grata à Yverdon, car leur pays d’origine est notoirement associé au trafic de cocaïne. Un amalgame que combat avec véhémence Leila*, étudiante en sciences politiques et membre de la Maraude Yverdon, un cercle de bénévoles lausannois qui leur vient en aide et passe beaucoup de temps avec eux. «Seule une petite minorité s’adonne au deal, s’insurge-t-elle. Leur histoire est dramatique, ils ont traversé des épreuves épouvantables pour venir en Europe et sont persécutés par la police alors qu’ils ne font rien de mal.»
La police, justement, dresse un constat plus sombre: «Leur nombre fluctue, ils peuvent être entre 50 et 60, parfois moins, décrit Pascal Pittet, le commandant de la Police Nord vaudois (PNV). Tous ne dorment pas à Yverdon, ils sont mobiles et il y a un tournus: sur les 122 identifications auxquels nous avons procédé le mois passé, 68 personnes n’avaient encore jamais été rencontrées à Yverdon. Trois quarts environ sont liés à des infractions à la Loi sur les stupéfiants. Soixante grammes de cocaïne ont été saisis en trois mois, ça paraît peu, mais c’est en réalité énorme.» De plus en plus de boulettes de coke sont aussi découvertes cachées dans des lieux publics. Nouveau phénomène lié au nombre grandissant de migrants sans abris: les bagarres, entre eux et en plein jour. «Nous en avons déjà recensé quinze cet été, il n’y en avait eu qu’une l’an passé», note le commandant.

Vincent Maendly, http://www.24heures.ch/vaud-regions/migrants-sdf-pression-yverdon/story/14071611

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