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Quand les Jeux sont faits… rien ne va plus

le dimanche 2 avril 2017 dans Environnement, Espace, Société | 0 commentaire

24 Heures fait le bilan des Jeux de Rio plus de six mois après la cérémonie de clôture. Libération publie des photos de désolation sur son site.

Devant le parc olympique, épicentre des JO de Rio. Photo Pilar Olivares. REUTERS

 Le Maracanã et le stade de volley, le Maracanãzinho, sont tous deux plongés dans le noir. Un peu plus loin, le Parc aquatique et le Gymnase d’athlétisme, deux installations des Jeux panaméricains de 2007 également désactivées depuis 2012, devaient être détruites pour devenir un centre commercial. Seule l’herbe a poussé entre leurs gradins. C’est surtout le Maracanã qui fait le plus de peine à Rafael: «Avant, les soirs de match, les bruits du stade résonnaient dans l’amphi, c’était incroyable.» La petite favela du Métro, à côté, alignait les échoppes pour recevoir les supporteurs noctambules. Cette favela a été détruite avant la Coupe du monde de football, en 2014, pour construire un parking pour le Maracanã. Les maisons ont bien été rasées, mais les gravats sont restés et rien n’a été fait sur cette terre sèche. Les Indiens qui occupaient un ancien bâtiment en face du stade ont aussi été expulsés, toujours pour le centre commercial du Maracanã. Mais le bâtiment n’a, lui non plus, jamais été rasé.

Renvoi de balle C’est l’entreprise brésilienne Odebrecht, aujourd’hui empêtrée dans un énorme scandale de corruption, qui avait gagné le chantier de la rénovation du Maracanã et sa concession pour trente-cinq ans. Odebrecht veut désormais la rendre à l’Etat de Rio. Motifs: sans le centre commercial, les stades de volley et de foot ne seraient pas rentables. D’autre part, le Comité olympique de Rio n’aurait pas rempli ses engagements et rendu le stade dans un état déplorable: pelouse brûlée, sièges cassés et sous-sols jonchés de déchets.

L’abandon des installations olympiques ne serait peut-être pas si scandaleux aux yeux des Cariocas, si le contexte économique n’était pas sinistré. Mais «l’Etat vitrine du Brésil» s’est déclaré en faillite à la veille des Jeux, incapable de payer les salaires de ses fonctionnaires, actifs et retraités. La seule comptabilité certaine est un déficit (autour de 5 milliards de francs en 2016) qui compromet tout le fonctionnement des services publics: les établissements scolaires, les hôpitaux, la police. Les homicides ont augmenté de 20% en un an et le nombre de vols à main armée comme celui des voitures a triplé l’année dernière. La population de Rio a dû accepter un plan d’austérité pour recevoir une nouvelle aide fédérale à la fin des Jeux. Sa troisième enveloppe en février (près de 1 milliard de francs) est conditionnée cette fois à la vente de son service de distribution d’eau, sa dernière entreprise publique et la plus rentable.

 

La piscine, plus vraiment en forme olympique. Photo Pilar Olivares. REUTERS

 

Le stade Maracana, utilisé pour les cérémonies d’ouverture et de clôture. Photo Nacho Doce. REUTERS

Le stade de tennis, lui, a été reformaté pour accueillir du beach-volley. Photo Pilar Olivares. REUTERS

Le «stade aquatique». Elle est bonne ? Photo Nacho Doce. REUTERS

Vue aérienne du parc olympique. A droite, la piscine. Photo Nacho Doce. REUTERS

Ces paysages ne sont pas sans rappeler le fiasco des Jeux d’Athènes:

 

Le magazine du Monde du 11 mars 2017 présente un travail du photographe italien Giuseppe Moccia sur les installations de sports d’hiver abandonnées dans le nord de l’Italie.

Au début des années 1970, une nouvelle génération de skieurs et skieuses transalpins emmenée par Gustavo Thoeni, quatre fois champion du monde et médaillé d’or au slalom géant des Jeux olympiques de Sapporo (Japon) en 1972, rafle titres et médailles, des pistes des Alpes à celles de la Sierra Nevada aux États-Unis. Les chroniqueurs sportifs de l’époque baptisent cette brassée de victoires « l’avalanche bleue », en italien, la valanga azzurra. Cette dernière suscite l’engouement. Alors que la Péninsule connaît les dernières années de son boom économique, les Italiens qui en ont les moyens se plient avec enthousiasme au rituel de la settimana bianca (« la semaine blanche ») et sacrifient au rituel des vacances à la neige.

Chaque village de montagne se rêve en station de ski. L’or blanc à la portée de tous. Quarante ans plus tard, en janvier 2009, le journaliste voyageur Paolo Rumiz raconte dans le quotidien La Repubblica la fin du rêve. Des centaines d’implantations (téléskis, télésièges, hôtels,résidences de vacances,pistes) ont été simplement abandonnées. L’économie du tourisme ne connaît que la loi du plus fort. Trop petites, mal gérées, peu rentables, les dizaines de petites stations disséminées dans les replis de la montagne, du Piémont au Frioul, n’ont pas survécu à leur ambition de grandeur. La crise économique, la spéculation immobilière et le réchauffement climatique ont fait le reste. Résultat : les perches des remonte-pentes pendouillent comme des bras morts pendant que rouille l’acier des pylônes des télécabines. Pour Giuseppe Moccia, photographe de 38 ans installé à Rome « mais né à Naples », tient-il à préciser, la lecture du papier de Rumiz est une révélation. « Je n’avais jamais entendu parler de cette histoire alors que je suis un passionné de ski et de montagne. J’ai voulu aller voir sur place. »

 

Après un développement effréné des équipements et des résidences de vacances dans les années 1970, la crise économique et le réchauffement climatique ont eu raison des stations les plus fragiles. Il en reste d’étranges paysages suspendus, que le photographe Giuseppe Moccia a répertoriés, du Piémont au Frioul. Ici, vue sur le Matterhorn, à la frontière entre la vallée d’Aoste italienne et le Valais suisse, à partir du mont Furggen. On y voit les restes d’un téléphérique, construit par l’architecte Carlo Mollino en 1952, abandonné depuis 1993.

 

 

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