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Vanille de Madagascar : monopole ou dépendance ?

le lundi 27 mai 2019 dans Articles d'élèves, Environnement | 0 commentaire

Par Paul, Lou et Maxime

Nombreuses sont les régions du monde qui possèdent un produit spécifique, des conditions géologiques et climatiques particulières ou un savoir-faire unique qui est recherché ailleurs et donc valorisable. Mais cette valeur si particulière est-elle plutôt un avantage ou un inconvénient pour celui qui la possède ? La frontière entre les deux est bien souvent très fine. Le risque pour une région ou un pays, de toujours vouloir être le plus compétitif dans son domaine de prédilection et d’en rechercher le monopole peut la/le conduire à une sorte de dépendance pour ce produit. Ainsi une grosse partie de l’économie de Madagascar se base sur la production de vanille (première production mondiale), mais quel est l’effet de l’épice sur l’île, peut-t-on parler de monopole ou plutôt de dépendance ?    

La vanille

Il faut savoir que l’épice que nous connaissons sous le nom de « vanille » est en fait le fruit de certaines sortes d’orchidées originaires des forêts tropicales et humides d’une certaine région d’Amérique centrale constituée du sud du Mexique, du Guatemala, de Belize et du Honduras.

Les conquistadors espagnols ont fait la connaissance de la vanille au début du seizième siècle alors qu’ils prenaient possession du continent américain. Ils la ramenèrent en Europe où elle se diffusa rapidement dans les cuisines des cours européennes, notamment dans la cour du roi de France (Louis XIV en était sous le charme).

Malheureusement, la production de la gousse de vanille est une affaire complexe : d’une part parce qu’elle ne pousse que dans certaines régions avec des climats particuliers et, d’autre part, car la formation du fruit dépend de l’action d’un insecte polinisateur qu’on ne trouve nulle part ailleurs que dans la région d’origine. C’est pourquoi, pendant plus de deux siècles (XVIe et XVIIe), tous les essais de production de l’épice hors de sa terre d’origine furent des échecs: ce qui permit au Mexique de conserver son monopole sur la production de vanille. Il faudra attendre le milieu du XVIIIe pour voir la première pollinisation artificielle au jardin botanique de Liège par des botanistes européens. Mais c’est en 1841, qu’un jeune esclave de douze ans appelé Edmond Albius créa le procédé manuel qu’on utilise encore aujourd’hui. 

Procédé manuel de fécondation de la fleur de vanille (CF en bas pour les sources)

Cette méthode fit que très rapidement l’île Bourbon devint le premier producteur mondial de vanille et vu que les planteurs réunionnais cherchaient à étendre leurs zones de culture ils l’introduisirent sur l’île de Madagascar autour de 1880.

Le succès fut rapide et la production malgache dépassa très rapidement celle de La Réunion, Madagascar s’installa alors solidement en tête du classement des pays producteurs avec environ 80 % de la production mondiale. 

Madagascar

Madagascar bénéficie encore aujourd’hui d’un statut privilégié de premier pays producteur et exportateur de vanille grâce à ses conditions climatiques favorables à la croissance de cette orchidée, mais également grâce à l’expertise, au savoir-faire de ses producteurs et à une main d’oeuvre peu coûteuse. Malgré l’engouement mondial pour l’épice et sa position globalement dominante, l’île n’est pas à l’abri de certains problèmes, notamment avec l’arrivée dans les années 1930 des substituts synthétiques comme la vanilline ou encore la montée en puissance de l’Indonésie en tant que pays producteur, ce qui donne lieu a une forte variation du prix de la gousse de vanille, et qui, par conséquent, a un impact majeur sur toute l’économie de l’île qui s’est fortement construite autour de l’épice.

Wikipedia : carte actuelle des aires de culture de la vanille.

La question du monopole est toujours étroitement liée au secteur des matières premières. Posséder un monopole sur une denrée ou une production peut amener de bonnes retombées économiques, mais peut aussi être synonyme d’inégalités croissantes: l’élite, composée de propriétaires terriens s’enrichit de plus en plus pendant que les employés, souffrent de la pression économique qu’on leur inflige pour rester compétitifs. Ce n’est pas le cas de Madagascar qui traverse actuellement une période d’euphorie économique due à la montée historique des prix du kilo de la vanille. Actuellement, Madagascar possède 80% de la production mondiale de la vanille (voir doc 1). On peut dès lors, parler de quasi monopole de la production. 

Doc 1: Répartition de la production mondiale en 2017

Pourtant, comme indiqué précédemment, Madagascar n’est de loin pas le seul endroit capable de produire cette épice. La clef de la réussite malgache ne réside pas dans une industrie bien développée, comme on aurait pu s’y attendre, mais plus tristement dans le niveau de vie extrêmement bas de l’île. En effet, l’ex-colonie française occupe le quatrième rang mondial des pays les plus pauvres du globe, avec un PIB/hab de 424 dollars (selon le classent du FMI). De ce niveau de vie extrêmement bas, découle une main d’oeuvre abondante et très peu onéreuse (33 US dollars/mois, la moyenne mondiale est à 858 US dollars/mois, en 2016, selon la banque mondiale), donnant de ce fait un avantage comparatif non négligeable aux producteurs malgaches face à leurs concurrents. 

Doc 2: Evolution du prix du kilo de vanille

L’exemple de l’Inde, illustre parfaitement ce cas de figure: suite à la montée des prix du kilo de vanille due à la spéculation entre 2002 et 2005, l’Inde à fait le pari de se lancer dans la production de vanille. Malheureusement, cette montée des prix qui permettait aux producteurs indiens un revenu viable n’a pas duré et l’Inde s’est vue obligée d’abandonner cette culture avec la rechute des prix dès 2005 (voir doc 2). L’exemple indien illustre à merveille la conjoncture économique dont jouit Madagascar. Nombreux sont les pays capables de produire de la vanille et qui pourraient, si les prix continuent leur folle ascension, prendre de plus en plus de place sur le marché mondial. 

L’autre risque de l’envolée du prix du kilo de vanille est que la vanille naturelle perde de son attractivité marchande et que les grands groupes se tournent vers le marché de la vanille synthétique, qui offre une meilleure relation qualité/prix. 

Lors de la forte hausse des prix de la vanille des années 2000 à 2004, nous remarquons que, parallèlement, le marché du clou de girofle a explosé (voir doc. 2 et 3). Cette corrélation s’explique par le fait que l’on peut produire de manière assez simple l’arôme de la vanille grâce à cette seconde épice (voir procédé: source « vanille-girofle »). Madagascar a vu, durant cette période de hausse des prix, sa production de vanille diminuer et a ainsi perdu son hégémonie mondiale sur la production de vanille naturelle au détriment de nouveaux concurrents tel que l’Inde précédemment citée et de la production de vanille artificielle telle que l’Indonésie, qui dans ce secteur-ci à un réel avantage sur la grande Ile (doc. 3). 

Doc 3: l’évolution de la production du clou de girofle

Actuellement, le prix du kilo de vanille, après avoir stagné à bas niveau durant presque dix ans, ayant assuré le quasi monopole de la production à Madagascar pour les raisons citées ci-dessus, voit son cours augmenter de manière vertigineuse (doc.2). On peut alors imaginer, que dans de telles conditions, d’autres producteurs tels que l’Indonésie, la Papouasie Nouvelle-Guinée ou encore l’Ouganda (respectivement 150, 80 et 150 tonnes de production en 2017) vont grignoter une part croissante du marché. Chose qui explique peut-être la baisse du prix de la vanille en kilo depuis 2017 (doc.2)

Pour se rendre compte de la dépendance de Madagascar envers la vanille, on peut citer comme exemple le médecin qui nous est présenté dans le reportage « Vanille, les vérités industrielles » sur France 5. On nous présente dans ce reportage un médecin qui possède une plantation de vanilliers et qui quitte son cabinet de Sambava pour aller s’occuper de la récolte.

Cet exemple prouve que, sur l’île Rouge, il est plus rentable de posséder une petite plantation de vanille que d’exercer une profession issue d’une formation académique, le médecin explique que depuis qu’il a fait l’acquisition d’une petite plantation de vanilliers il a pu se faire construire une maison. Dans ce même reportage, le médecin en question nous présente sa plantation ainsi que les gardes qu’il embauche pour la protéger.

                 Doc 4: ferme malgache produisant de la vanille

Comme eux, on estime que 200’000 personnes travaillent en lien direct avec le secteur de la vanille à Madagascar.

Si le médecin embauche ces gardes, ce n’est pas pour rien. En effet, on constate que, au vu de son prix élevé, la vanille suscite l’intérêt de tout le monde, y compris des personnes les moins bien  intentionnées; de ce fait, on observe que le taux de criminalité et d’insécurité de l’île augmente en fonction du prix et de la rareté de l’épice. Cette criminalité s’explique probablement par la pauvreté de l’île. On estime en effet que 92% de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté. Or la vanille suscite le crime car son prix reste élevé et elle ne profite pas à tout le monde, donc certains vont tenter de la voler.

Ainsi on constate que le commerce de la vanille est celui qui rapporte le plus sur l’île. A titre d’exemple, on observe qu’en 2016, les produits agricoles représentaient 26% des exportations totales de la Grande Ile, dont 18% pour la seule vanille.

On peut aussi noter que Madagascar connaît une certaine croissance économique depuis 2014 que l’on peut mettre en corrélation avec le prix de la vanille, qui n’a pas cessé d’augmenter depuis 2014 également.

En conclusion il est difficile de nuancer le monopole et la dépendance mais on peut constater que Madagascar possède actuellement un quasi monopole de la production mondiale de la vanille naturelle. Pourtant nous ne pouvons pas parler de monopole au sens strict du terme. En effet si Madagascar possède un quasi monopole de la production c’est grâce à la main d’œuvre pas chère du pays par rapport aux concurrents ce qui reste un atout fragile et instable. Madagascar jouit donc plus d’un avantage comparatif favorable à la production et  d’une certaine dépendance, que d’un réel monopole du marché de la vanille. Cela se traduit notamment par la santé du pays étroitement lié à celle de la vanille, chose due à la pauvreté de l’île.

Mais le secteur de la vanille à Madagascar est en danger on peut mettre en cause les conditions climatiques de plus en plus compliquées (cyclones etc), les produits de substitution (ex; vanille de synthèse, clou de girofle), ainsi que sa qualité qui a baissé ces dernières années (le vol de vanille en est la cause; les paysans récoltent trop tôt l’épice avant d’être mûre, de peur que l’épice soit volée). Mais face à ces multiples menaces, des géants de l’agroalimentaire suisse, américain et français ont investi des millions pour tenter de sauver et aider la production de vanille de l’île en 2018.

Sources: 

Sites internet :

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