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Le suicide, une épidémie complexe

le mardi 30 mai 2017 dans Articles d'élèves, Risques, Société | 0 commentaire

Un article de Yann et Caroline

 

Selon les chiffres de l’OMS, le taux de suicides en Suisse est de 10,7 suicides pour 100’000 habitants, un taux légèrement inférieur à la moyenne européenne qui est de 11 pour 100’000 habitants. D’après l’OMS la Suisse est en train de subir une hausse préoccupante de suicide, car quand le taux de mortalité dépasse les 10 suicides pour 100’000 habitants, on peut parler d’épidémie[1].

 

http://www.liberation.fr/planete/2014/09/04/pendaison-pesticides-armes-le-suicide-un-fleau-mondial_1093060

 

Mais la Suisse n’est de loin pas le seul pays concerné, comme nous le souligne cet article de Libération: « Rapporté à la population, le taux de suicide est relativement comparable dans les pays riches (12,7 pour 100 000) et dans les pays à revenu faible et intermédiaire (11,2 pour 100 000). Mais comme ces derniers abritent la majeure partie de la population, c’est là qu’ont lieu 75% des suicides dans le monde. »[2].

Malgré tout, il faut rester prudent avec ces chiffres qui ne reflètent pas totalement une réalité souvent plus complexe. En effet, les données du comportement suicidaire sur le continent africain seraient nettement sous-estimées. Le suicide y est toujours considéré comme un crime dans de nombreux pays et sont souvent tus par les familles des défunts à causes des répercussions négatives qu’ils peuvent engendrer. Cependant une étude récente de l’Organisation mondiale de la santé montre qu’il existe des cas considérables de dépressions et de suicides en Afrique chez les jeunes et les personnes d’âge moyen. [3]

 

Toutes les régions sont touchées. Pourquoi ?

En comparant cette carte avec une carte présentant l’IDH (indicateur de développement humain) dans le monde, on remarque qu’un IDH relativement élevé, comme celui de la Suisse, n’implique pas forcément un taux de suicide bas.

 

https://fr.actualitix.com/pays/wld/indice-de-developpement-humain.php

 

En effet, les composantes de l’IDH sont « le PIB par habitant, l’espérance de vie à la naissance et le niveau d’éducation »[4], variables qui n’ont pas nécessairement un impact direct sur les raisons du suicide d’un individu. Comme nous le dit à nouveau le journal Libération :

« Dans les pays riches, le suicide reste la plupart du temps associé à des situations de dépression, d’alcoolisme et de troubles mentaux. Il peut aussi s’agir de problèmes d’argent (le suicide est en augmentation en Grèce depuis 2008), ou d’un traumatisme : agression, violences sexuelles… Toutes ces raisons sont valables ailleurs, mais dans les pays moins développés on se suicide aussi parce que le pays est en guerre, ou qu’il a subi une catastrophe naturelle. Le suicide est fréquent chez les populations discriminées, comme les migrants ou les homosexuels. » [5].

Par contre, les raisons poussant au suicide dans les pays moins développés semblent avoir un lien plus marqué avec l’IDH, les catastrophes naturelles ou les guerres amenant souvent à un taux de mortalité plus élevé, et donc à un IDH plus bas. Bien que, comme le cas de la Grèce cité ci-dessus, la crise économique (et donc la chute du PIB) a eu un impact sur le taux de suicide.

 

Les jeunes, plus touchés?

Effectivement, le sujet est particulièrement inquiétant, également car il concerne beaucoup de jeunes – cause de décès de 28% des jeunes entre 20 et 29 ans, comme le montre ce graphique ci-dessous  – mais il est présent à tous les âges.

 

Pourcentage des suicides par tranches d’âges, par rapport au nombre de décès total moyen entre 2009 et 2013.

 

Malgré des chiffres alarmants, le nombre de suicides par habitant aurait régressé entre 1991, où il se situait à 20,7 pour 100’000 personnes, et 2011, à 11,2.

Une raison de cette baisse serait l’utilisation en hausse d’antidépresseurs, mais également une plus grande « conscience psychologique », c’est-à-dire une plus grande connaissance de la psychologie, et une certaine intégration de celle-ci à notre mode de pensée : «Nous avons des arguments pour expliquer nos problèmes psychologiques et nous sommes plus disposés à en parler. Nous avons trouvé des expressions acceptables pour la dépression, comme l’épuisement, le burnout. C’est, à mon avis, le facteur le plus important influant sur le taux de suicide», explique la sociologue Vladeta Ajdacic-Gross[6]. En effet, ce serait principalement des personnes atteintes de troubles psychiques – dont la dépression – qui y recourraient. Pourtant, d’autre raisons (et leur accumulation) peuvent aussi en être la cause (chagrin d’amour, solitude…).

Cependant, malgré une diminution certaine des suicides effectifs, le nombre de tentatives de suicide reste inquiétant puisqu’il pourrait aller jusqu’à 25’000 par année.

En Suisse un jeune se suicide tous les trois jours. Concernant les jeunes dans la tranche d’âge de 15 à 29 ans, entre 2004 et 2013, ce seraient 1319 personnes qui auraient mis fin à leurs jours, dont plus de 80% sont des jeunes hommes. Chez les femmes en général, il y aurait par contre plus de tentatives de suicide.

Selon une psychologue responsable du Centre de prévention de Malatavie Unité de crise aux Hôpitaux universitaires de Genève : «Par nature, la puberté est une période de rupture, de désarroi, souligne la spécialiste. L’adolescent ne parvient pas à comprendre ce qui lui arrive; tout lui échappe. Et cet âge est souvent marqué par une certaine impulsivité, dans laquelle peut s’inscrire le mouvement suicidaire.»

De plus, même si tous ne passent pas aux actes, une part non négligeable de jeunes (20%) aurait régulièrement des pensées suicidaires.[7]

Une association suisse créée en 2000 vise à agir activement contre le suicide par de la prévention dans les écoles notamment, mais aussi pour sensibiliser l’entourage des personnes à risque afin de lever ce tabou. En 2016, ils ont mis en place une campagne « Là pour toi » afin de toucher un grand nombre de personnes et les encourager à être conscients de cette problématique, ainsi qu’acteur pour aider un proche dans une situation difficile.[8]

 

Affiche de la campagne « Là pour toi » 2016

 

Le suicide est universel mais ses causes peuvent grandement varier d’un pays à l’autre. Il est également difficile de parler du suicide uniquement avec des statistiques, en raison de limites de celles-ci (avec le cas de l’Afrique par exemple). En Suisse, le suicide, mais également les pensées suicidaires sont présentes à une échelle inquiétante, en particulier chez les jeunes, mais également chez les personnes âgées. Les associations actives pour aider les personnes suicidaires ne sont pas une réponse suffisante pour réduire les cas de personnes mettant fin à leur vie.

 

 

 

[1] http://www.tdg.ch/suisse/jeune-suicide-trois-jours-suisse/story/13696326

[2] http://www.liberation.fr/planete/2014/09/04/pendaison-pesticides-armes-le-suicide-un-fleau-mondial_1093060

[3] https://wazaonline.com/fr/archive/il-y-en-afrique-plus-de-suicides-quon-ne-pense

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_d%C3%A9veloppement_humain

[5] http://www.liberation.fr/planete/2014/09/04/pendaison-pesticides-armes-le-suicide-un-fleau-mondial_1093060

[6] http://www.swissinfo.ch/fre/societe/d%C3%A9sesp%C3%A9rance_en-baisse–le-taux-de-suicide-reste-alarmant/36673392

[7] https://www.migrosmagazine.ch/societe/reportage/article/ces-jeunes-qui-veulent-en-finir-avec-la-vie

[8] lapourtoi.ch

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