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Pourquoi les sondages se Trumpent parfois

le mercredi 9 novembre 2016 dans Géopolitique, Société | 0 commentaire

Donald Trump devient le 45e président des États-Unis (officiellement le 20 janvier prochain).

 

 

Prévisions et résultats

Jusqu’à mardi 8 novembre, la quasi totalité des sondages donnait la victoire de l’élection présidentielle à Hillary Clinton.

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http://projects.fivethirtyeight.com/2016-election-forecast/?ex_cid=rrpromo

 

Le graphique suivant du site montre l’incroyable inversion des prévisions:

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Il en va de même pour le Sénat donné aux Démocrates le 7 novembre (même si dans une moindre mesure):

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Les résultats des sondages sortie des urnes à 10h30 (heure suisse), à comparer avec les résultats de l’élection de 2012. Hillary a réussi à perdre les Etats de l’Iowa, du Wisconsin, de l’Ohio, la Pennsylvanie et la Floride gagnés par Obama en 2012:

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http://www.nytimes.com/elections/results/president

 

 

La question que tout le monde se pose est bien sûr de comprendre comment Trump a pu être élu, contre les prévisions de tous les sondages qui le donnaient perdant.

 

Quand les sondages se trompent

En 1948, la Une du très républicain journal le Chicago Daily Tribune titre « Dewey Defeats Truman », alors que Truman a été élu président. Trop confiant dans les sondages et dans les prévisions de son analyste politique Arthur Sears Henning, conforté par l’impossibilité d’une victoire démocrate et pressé par les délais de mise sous presse, le journal n’attend pas suffisamment les résultats de sortie des urnes et annonce la victoire du perdant, édition immortalisée dans les photos montrant Truman qui brandit le journal annonçant sa défaite!

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On entend régulièrement l’antienne des sondages qui ne sont pas fiables. Evidemment, il est toujours plus facile de remettre en cause leur fiabilité après-coup. Pourquoi et comment une telle marge d’incertitude est-elle possible?

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Le magazine Pour la Science, dans un article très mathématiquetente de répondre à cette question en montrant qu’un sondage n’est pas un recensement, même s’il s’appuie sur ce dernier pour établir un échantillon représentatif de citoyens en termes de sexe, âge, emploi, résidence, etc. Ainsi, non seulement la constitution d’un échantillon, mais aussi sa taille, sont capitaux: « Une caractéristique des enquêtes commerciales est la taille très réduite des échantillons, souvent moins de 1000 individus. Il est ainsi étonnant de voir, en période électorale, une demi-douzaine d’instituts de sondage réaliser, chacun avec sa propre méthodologie, deux enquêtes par semaine sur 1000 personnes – des enquêtes aux résultats peu précis alors qu’une seule enquête sur 12’000 personnes atteindrait une fiabilité raisonnable. »

Selon Wikipedia, « l’usage fréquent des sondages peut perturber l’opinion et créer chez les électeurs les plus indécis des mouvements d’adhésion ou de rejet fondés sur l’idée que l’élection est jouée. L’effet bandwagon laisse entendre qu’une fraction non négligeable des indécis est particulièrement sensible aux choix déjà effectués par d’autres, […] L’effet underdog est l’effet inverse. Littéralement effet challenger, il consiste en une sympathie pour le candidat donné perdant, ou une incitation à se remobiliser pour le camp annoncé tel. […]
Pour cette raison, certains codes électoraux réglementent plus ou moins strictement l’usage de sondages en période électorale, voire les interdisent dans la période précédant immédiatement le scrutin.

Les résultats bruts des enquêtes sont retravaillés, introduisant ainsi des biais potentiels et subjectifs: « On observe par exemple un décalage entre les déclarations d’intention de vote Front National et les votes réels, plus nombreux. Les statisticiens mesurent cet écart et le reportent pour les mesures suivantes afin de donner un chiffre plus représentatif de la réalité, c’est ce que l’on nomme le « redressement des résultats bruts ». »

 

Trump: « Demain sera une journée véritablement historique. Ça va être un Brexit puissance trois »

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Pourquoi les sondages se sont-ils trompés sur le Brexit au Royaume-Uni?  Tout d’abord, le vote était très serré, ensuite, contrairement à l’élection américaine, il s’agissait d’un vote transparti, où l’appartenance à un parti n’influençait pas directement le comportement de vote. Il existait aussi une grande disparité entre les différents sondages et leurs méthodes, la zone géographique, la prise en compte des indécis, les échantillons comportant des personnes plus impliquées politique ment que la moyenne des électeurs. On a ainsi pu constater une grande différence de réponses entre partisans du Remain et du Leave, selon qu’ils étaient interrogés sur Internet ou par téléphone. Bref, l’assurance de victoire du Remain était quand même bien plus incertaine même, si prédite, que la victoire annoncée de Clinton.

Le sondage qui donnait Trump gagnant

Arie Kapteyn, professeur d’économie à l’University of Southern California (Los Angeles), est l’un des trois experts derrière le sondage national USC Dornsife-Los Angeles Times pour l’élection présidentielle. Sondage qui a la particularité d’avoir souvent donné Donald Trump gagnant, à contre-courant de nombreuses enquêtes nationales. Le dernier donnait le républicain en tête avec 3,2 points d’avance sur la démocrate (46,8/43,6).

Dans Libération Kapteyn explique en quoi leur méthodologie diffère de celles adoptées par les autres sondages:

« Nous fournissons des tablettes connectées pour ceux qui ne sont pas équipés. Nous recrutons nos sondés au hasard dans tout le pays. Une fois qu’ils acceptent, nous les payons pour répondre à nos études. […] Les gens qui n’ont pas accès à Internet ont généralement de faibles revenus, sont moins éduqués et plus âgés.

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La plupart des sondages se font par téléphone. Donc si vous êtes pro-Trump et que vous recevez un appel de quelqu’un que vous pensez être un pro-Clinton, vous pouvez hésiter à donner une réponse honnête, et réciproquement. Avec notre sondage en ligne, ils sont face à eux-mêmes. […]

La notion de désirabilité sociale [qui consiste à vouloir se présenter sous un jour favorable à ses interlocuteurs] peut créer un biais: les sondés nous disent peut-être plus facilement qu’ils vont voter pour Trump, parce qu’ils répondent sur Internet, que si on leur avait posé la question par téléphone. […]

Dans les sondages traditionnels, on demande aux gens s’ils sont des «électeurs potentiels» ou non. Le problème, c’est que les gens ne savent pas forcément ce qu’ils vont faire. D’autres modèles demandent, par exemple, s’ils ont voté aux élections précédentes. Nous, nous faisons différemment: nous leur demandons quel est le pourcentage de probabilité qu’ils votent aux élections de novembre. S’ils nous répondent 20%, on pondère la réponse à 20%. Ou à 100% s’ils nous disent qu’ils sont sûrs de voter. […]

Pondérer également les intentions de vote des sondés: ils donnent leur préférence, avec un pourcentage de probabilité dans leur choix. Ils peuvent dire, par exemple, qu’ils sont à 25% pour un candidat et à 75% pour un autre. On permet aux gens d’exprimer leur incertitude. »

 

Il reste bien sûr à interpréter ces premiers résultats et à les compléter dans les jours qui viennent. Les sondages de sortie d’urnes ne questionnent pas que le choix du candidat, mais également les données démographiques, socio-économiques, ethniques des électeurs.

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