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Le saumon d’élevage, une solution à la surpêche ?

le jeudi 16 mai 2019 dans Articles d'élèves, Environnement | 0 commentaire

Célia, Orane et Laura F.

 

La surpêche

Le saumon est l’un des poissons les plus consommés de nos jours. Cependant, sa production n’est pas sans impacts sur l’environnement. En effet, sa pêche excessive contribue à la surpêche générale qui frappe nos océans et détruit notre environnement en plus de mettre en danger cette espèce et ainsi de diminuer les stocks de saumon sauvage à disposition.

 

https://www.chappatte.com/images/les-poissons-pourraient-disparaitre-dici-2050/

 

La surpêche correspond à un taux de pêche plus élevé que les capacités des poissons à se renouveler et à compenser les pertes engendrées par la pêche. Les espèces déclinent progressivement, voire disparaissent.

Jusque récemment, l’Homme puisait sans inquiétude dans les ressources marines, pensant que la richesse de l’océan était suffisamment grande pour nourrir les populations. Par la suite, les bateaux et outils de pêche se perfectionnèrent, devinrent toujours plus grands et plus rentables. Modernisés, leurs capacités et rendements permirent à l’industrie marine de se développer, avec une offre toujours plus grande. Les pêcheurs artisanaux voient également leur mode de production et leurs emplois menacés.

 

 

La demande pour les produits de la mer, notamment en saumon, augmente. Afin de répondre à cette demande, les pêcheurs ramènent de plus en plus de poissons. On estime à 90 millions de tonnes les poissons pêchés chaque année dans le monde.

Les quantités de poissons pêchées augmentant, les pêcheurs accroissent leur revenu mais par la même occasion leurs investissements dans des infrastructures toujours plus performantes, ce qui entraîne une hausse de l’offre disproportionnée en comparaison à la demande et par conséquent un gaspillage des ressources. Malheureusement, contrairement à ce que l’on croyait à l’époque, les ressources ne sont pas infinies et s’épuisent.

 

 

Les conséquences:

 

En réglementant la pêche de manière plus stricte et en déterminant les quantités de poissons autorisées selon le stock des différentes espèces, on permettrait aux populations aquatiques de se régénérer suffisamment, et ainsi assurer une pêche durable et plus respectueuse de l’environnement. La restriction de la navigation de grands bateaux de pêcheurs permet aussi de réduire la prise de poissons. Le changement du protocole de pêche utilisé permet aussi de limiter les pertes et les pêches inutiles. Par exemple, les filets à poissons devraient être plus adaptés en fonction du but visé. Les mailles du filet devraient être ajustées et laisser passer les petits poissons, et ainsi ne ramasser que les poissons à partir d’une certaine taille. Cela permettrait aux poissons n’ayant pas atteint leur maturité de pouvoir continuer leur développement. De plus, le tri des poissons ne se faisant plus sur le pont, soit à l’extérieur de l’eau, cela réduirait le nombre de poissons risquant leur vie à être capturés dans le filet pour finalement être remis dans l’eau.

 

https://www.humanite.fr/sites/default/files/images/49738.HR.jpg

 

En diminuant notre consommation de poissons, notamment en saumon, on diminuerait aussi la demande, obligeant les pêcheurs à diminuer leur récolte. L’exigence d’une qualité et du respect des poissons pêchés inciteraient aussi le producteur à fournir des poissons de manière équitable et durable.

 

Le saumon

 

Le saumon est l’un des poissons les plus consommés. En effet, il représente environ 136 millions d’euros sur le marché mondial et avec la truite, le nombre de poisson le plus vendu. Il disparaît ainsi petit à petit de nos océans et rivières. Sa pêche contribue nettement à la surpêche, bien que celle-ci soit moindre par rapport à son élevage.

Le saumon d’origine sauvage, provient principalement de Sibérie, du Japon, des États-Unis et du Canada.

 

https://www.planetoscope.com/noel-noel-/1008-production-mondiale-de-saumon-atlantique.html

http://www.observatoire-poissons-migrateurs-bretagne.fr/

 

Mais comme le montre ce graphique, sa pêche a fortement décliné au cours des dernières années. Malheureusement, ce n’est pas la conséquence de mesures prises pour éviter l’extinction de l’espèce, mais au contraire les effets de la diminution de la présence des saumons dans nos eaux. Par exemple, les stocks de saumon de l’Atlantique nord ont baissé de 75% dans les 20 dernières années. Mais alors que les raisons de ces disparitions dans les rivières sont claires – pollution, raréfaction de des proies, changement climatique et aménagements humains (barrages, etc.) – les causes de sa diminution dans les mers sont plus floues, et donc presque entièrement attribuées à la surpêche, qui participe grandement à la diminution des saumons.

Pour tenter de limiter les dégâts provoqués par la surpêche, le label MSC (Marine Stewardship Council) a vu le jour en 1997. Représenté par un petit logo bleu avec un poisson blanc, il devrait figurer sur les produits issus d’une pêche durable respectant certaines conditions. La première étant l’assurance que la pêche du poisson a été effectuée dans des conditions durables, c’est à dire n’affectant pas la survie de la population dudit poisson. La deuxième condition étant l’assurance d’un impact minime sur l’environnement ou la pêche a été effectuée. De plus, la pêcherie doit non seulement suivre les règles de pêche en vigueur, mais aussi s’adapter aux modifications de l’environnement aquatique concerné, telles que l’irrégularité de la répartition des saumons en fonction des zones d’habitat.

Cependant, ce label a subi un certain nombre de controverse dans les dernières années, notamment en certifiant les pêches de la légine antarctique, un poisson dont le cycle de vie est méconnu et qui, de plus, vit dans la mer de Ross, au bord de la calotte glaciaire du pôle Sud, où se trouve un des écosystèmes marins les plus vierges de la planète.

De plus, alors que le label prétend certifier un non-usage de techniques de pêche destructrice, il autorise cependant la pêche de chalut de fond, technique utilisant un filet qui racle le fond de l’eau, détruisant au passage l’habitat d’une bonne partie de la vie sous-marine. Il semblerait donc que ce label ne soit pas une solution suffisante pour consommer durable.

Mis à part ce label, d’autres organismes tentent de protéger les saumons, comme l’OCSAN (Organisation pour la Conservation du Saumon d’Atlantique Nord), qui a instauré des accords visant à protéger les saumons au travers de la gestion de pêcheries du saumon, et de la protection et la restauration des habitats. Or, comme le saumon à un cycle de vie plutôt court (1 à 3 ans) il réagit plutôt vites aux mesures préventives mises en place et est considéré comme une espèce capable de se reformer facilement.

Une solution à la surexploitation des saumons sauvages serait l’élevage de ces derniers.

 

L’élevage de saumons

La commercialisation du saumon d’élevage connaît une très grande augmentation depuis les années soixante, où les techniques actuelles ont été adoptées. Le but premier de ce changement de production était de protéger les milieux marins de la surpêche, tout en satisfaisant la hausse de la demande liée à l’accroissement démographique, et cela au moyen d’une source stable de production. De plus, la technologie nécessaire est simple, les coûts de production bas et les conditions de vie et de santé des poissons contrôlables.

Ce mode de production a alors pris le dessus sur la pêche et a dépassé la production de saumon sauvage en 1996. De nos jours, plus de 50% du saumon consommé est issu d’un élevage. Les principaux pays producteurs sont la Norvège, le Chili, le Royaume-Uni et le Canada. En effet, leurs côtes ont la bonne température ainsi que les bons courants permettant le développement efficace des saumons.

 

https://aquaculture-aquablog.blogspot.com/2009/08/saumon-de-norvege-en-maitre-sur-la.html

https://iseralaska.org/static/legacy_publication_links/greatsalmonrun/SalmonReport_Ch_5.pdf

 

Les saumons vivant dans deux milieux différents au fil de leur vie, les œufs sont déposés dans des bassins d’eau douce, dans lesquels le poissons vont passer le premier stade de leur vie. Après cela, les saumons seront déplacés dans de grandes cages dans l’eau de mer, où ils profiteront des courants marins et atteindront la taille adéquate pour la vente sur le marché. Les différentes espèces de saumon ne se prêtant pas toutes aussi bien à l’élevage, la majorité (plus de 90%) du poisson commercialisé est le saumon Atlantique (Salmo salar), le reste étant divisé entre deux sortes du saumon Pacifique : le coho et le chinook. De plus, du saumon génétiquement modifié à plus haut rendement est produit depuis 2001 dans certaines fermes.

 

http://www.fao.org/fishery/culturedspecies/Salmo_salar/fr

 

Les coûts de production du saumon d’élevage sont plutôt bas ; la nourriture représentant la plus importante partie. Les saumons sont nourris à base de produits poissonniers tels les huiles de poissons et les fruits de mer. De plus, dans le but de baisser les coûts et de protéger la faune marine, les saumons sont aussi nourris d’une part d’aliments végétaux tel que le soja puisqu’il contient aussi beaucoup de protéines.

L’élevage de saumon, bien que prospère, a cependant aussi de nombreux inconvénients. En effet, les conditions de vie des poissons ne sont pas très bonnes. La densité de poissons par cage est souvent très élevée et les courants marins insuffisants ce qui provoque des dépôts de déchets au sol. Ces deux facteurs entraînent facilement des épidémies et pour les éviter, les saumons sont souvent gavés d’antibiotiques. De plus, afin d’améliorer et accélérer leur croissance, les poissons sont souvent traités aux hormones et des colorants sont utilisés pour améliorer leur couleur. Par conséquent, les élevages sont dépendant des substances artificielles tels que les pesticides. La quantité de PCB (Polychlorobiphényle : produit toxique pour l’environnement et transmis lors de la reproduction ; considéré comme potentiellement cancérogène) contenue dans le saumon d’élevage est aussi plus haute. Toutes ces substances ont un effet néfaste sur la santé des saumons, ainsi que sur celle des consommateurs en plus de celui sur l’environnement.

Ce problème de maladies rapidement répandues dans un élevage a encore eu lieu le mois passé, lorsque lors de tests, les saumons provenant d’Écosse, entre autres, transportaient une maladie : la listeria. Cette maladie peut être dangereuse pour les femmes enceintes et représente donc un danger. Les échantillons vendus de ce poisson ont dû être retournés au magasin afin d’être jetés. Cette contamination a ainsi créé un gaspillage de saumon, ainsi que de toute l’énergie grise nécessaire à leur production, ce qui contribue indirectement à la surpêche. (https://www.24heures.ch/suisse/Coop-et-Migros-rappellent-des-produits-au-saumon/story/28803211)

 

Conséquence de l’élevage de saumons sur l’environnement

Les élevages de saumon réduisent la diversité des saumons et ainsi celle de notre alimentation puisque le saumon Atlantique est presque le seul à être élevé et que seulement certains caractères sont choisis afin de constituer la suite de l’élevage. Le poisson transgénique est aussi un danger pour la diversité et pour l’environnement dans le cas où celui-ci s’échapperait et irait perturber la diversité des saumons sauvages. D’autre part, l’élevage intensif de saumons reflète la société de consommation. En effet, nous cherchons toujours à produire plus et au moindre coût et puisque ce n’est pas cher nous consommons toujours plus, ce qui augmente la pression sur l’environnement qui paie la différence de prix. Le consommateur ne pense pas ou ne sait pas forcément que l’élevage de saumon a aussi un impact négatif sur l’environnement.

De plus, l’alimentation des saumons pose le même problème que la pêche du saumon sauvage : la surpêche. Ainsi, l’élevage du saumon ne réduirait pas le problème de la surpêche mais le transposerait juste à un autre niveau. Le remplacement de ces substances animales par des végétales, comme le soja, pose le problème de la santé des poissons qui ne sont pas adaptés à ce type de nourriture. De plus, la culture de ces aliments végétaux est problématique, comme pour la nourriture pour le bétail, puisqu’elle prend de la place sur une surface terrestre limitée alors que la culture des matières premières pourrait directement être destinée aux hommes. Ainsi, l’élevage de saumon participe à la déforestation qui vise à augmenter les zones cultivées.

Suite à ces constats, certaines organisations désireuses de réduire leurs impacts sur l’environnement, d’améliorer la qualité de leur produit et de répondre à la demande du client ont mis sur pied l’élevage de saumon « bio ». Un élevage biologique offre trois fois plus d’espace à ses saumons en plus de les nourrir de produits issus de l’agriculture biologique pour ce qui est des substances végétales et de produits marins issus de pêcheries certifiées. En outre, l’usage d’hormones et pesticides y est interdit et celui d’antibiotiques autorisé seulement dans certains cas graves d’épidémies. Afin d’obtenir le label « bio », les élevages concernés sont contrôlés au moins une fois par année. De plus, les élevages biologiques sont plus respectueux du cycle naturel des poissons.

 

Conclusion

En conclusion, la pêche a de nombreux effets néfastes sur l’environnement qu’il soit marin ou plus indirectement terrestre. Les méthodes de pêche actuelles dérèglent le cycle naturel de l’océan et épuisent ses ressources en contribuant à la mise en danger voire à la disparition de nombreuses espèces pêchées. De plus, la surpêche a beaucoup d’impacts collatéraux néfastes et est ainsi un important problème pour notre survie. La pêche du saumon, l’un des poissons les plus consommés de nos jours, y participe grandement. Par conséquent, les réserves de saumon sont toujours plus limitées et le rendement de la pêche baisse. Afin de continuer à répondre à une demande croissante en saumon, le saumon d’élevage s’est montré une réponse à la surpêche et une solution à la fois pour un plus grand profit des entreprises et une plus grande accessibilité dû à son faible coût. Cependant, l’élevage de saumon n’empêche pas la surpêche mais y participe, en plus de poser de nombreux autres problèmes de santé que ce soit du consommateur ou du poisson. Ainsi l’élevage classique de poisson à un tout aussi grand impact sur l’environnement que la pêche et induit une surproduction qui pousse à la surconsommation. Cette méthode d’élevage ne répondant pas aux exigences et attente d’une partie des consommateurs, divers méthodes alternatives ont été développées, que ce soit pour la pêche ou l’élevage. Ainsi les MSC et les élevages biologiques ont vu le jour dans le but de répondre une consommation plus durable. Cependant, dans de nombreux cas, ces labels sont mal attribués et ne constituent qu’une sorte de marketing commercial.

 

Le meilleur pour l’environnement et notre santé, ainsi que celle des saumons reste donc de diminuer notre consommation. La question d’une production et d’une consommation plus durable se pose aussi, mais celle-ci nécessiterait des concessions que ce soit de la part des producteurs ou de celle des consommateurs et donc la fin de la société de consommation qui cherche toujours le profit maximum sans être consciente de ses impacts.

 

 

Sources

Bibliographie:

 

Sitographie :

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