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La prison de Saidnaya, “l’abattoir humain”

le dimanche 2 avril 2017 dans Articles d'élèves, Géopolitique, Société | 0 commentaire

Un article de Daniela.

Selon le rapport d’Amnesty International “ Abattoir humain: pendaisons de masse et extermination à la prison de Saidnaya

 

Le mardi 7 février 2017, Amnesty International publie un rapport dénonçant la maltraitance et les tortures physiques et psychologiques menant à la mort, infligées aux détenus de la prison de Saidnaya, en Syrie, depuis 2011.

 

https://www.franceinter.fr/monde/amnesty-pendaisons-prisons-syrie-assad

 

Amnesty International, organisation mondiale de défense des droits humains, accuse le gouvernement syrien de commettre des crimes contre l’humanité. Son rapport se base sur le témoignage de 84 témoins, regroupant des anciens détenus, gardes, ou des proches des prisonniers victimes de disparition forcées. Selon Amnesty, plus de 13’000 prisonniers auraient été pendus au cours d’exterminations extrajudiciaires dans la prison de Saidnaya, de 2011, début de la guerre civile syrienne, jusqu’en décembre 2015. Passé cette date, le mouvement ne dispose plus de preuves d’exécutions, cependant rien n’indique que les pendaisons aient cessé.

Les détenus de la prisons sont généralement des opposant politiques; il s’agit de manifestants, de défenseurs des droits humain, de politiques, de militaires, de journalistes et autres, tous placés dans cette prison se situant à une trentaine de kilomètres de la capitale. La prison pourrait accueillir entre 10’000 et 20’000 détenus.

Entre privation de nourriture, de médicaments, de sanitaires, violentes agressions physiques, violences sexuelles, ce seraient plus de 17’700 prisonniers qui auraient laissé la vie entre les mains du gouvernement syrien durant ces 5 années.

Le traitement des détenus a pour but de leur faire subir les pires tortures physiques et psychologiques; humiliation et déshumanisation. Les autorités de la prison obligent parfois les prisonniers à se violer mutuellement, les détenus doivent garder le silence lors des séances de torture; nombreux sont ceux qui développent des troubles mentaux. L’un des témoins qu’a interviewé Amnesty raconte même qu’il aurait préféré qu’on lui coupe les jambes plutôt qu’ils continuent à lui taper dessus. Ici, la photo d’un détenu avant et après son emprisonnement à Saidnaya.

 

 

En plus des maltraitances physiques et psychologiques, les condamnations à mort sont tenues secrètes. Les victimes ne l’apprennent que quelques minutes avant d’être exécutées par pendaison. Amnesty International en a fait une vidéo illustrée avec des dessins, pour dénoncer l’horreur de cette prison:

 

 

Le pays étant actuellement (et ce depuis 2011) en guerre civile, l’existence de cette prison laisse supposer un moyen de se défaire rapidement et secrètement des prisonniers politiques. En effet, cette guerre a pour origine la lutte contre le régime baasiste du président Bachar el-Assad. La majorité des détenus étant des opposants politiques ou des manifestants, leur extermination laisse entendre un moyen cruel de se débarrasser de ses opposants. Le peu de poids accordé à la vie humaine ne se constate pas seulement par les violences dans cette prison, mais également par le nombre de victimes civiles de cette guerre.

Hala Kodmani note dans Libération:
Le chiffre de 260 000 morts dans la guerre en Syrie, cité régulièrement par tous les responsables politiques comme par les médias, les organisations internationales ou les ONG, n’a pas varié depuis plus d’un an. Des dizaines de personnes sont pourtant tuées et blessées tous les jours en Syrie.
Dans le même temps, des groupes syriens publient régulièrement des statistiques, avec des méthodes et des estimations différentes. Ainsi, le Syrian Center for Policy Research (SCPR), a avancé le chiffre de 470 000 morts en Syrie depuis mars 2011. «La question du nombre de morts devient de plus en plus complexe, note Mathieu Routier. Aux morts par bombes et sous la torture, il faut ajouter les personnes mortes de faim, de froid, ou pour n’avoir pas pu accéder à des soins médicaux, ainsi que les pathologies liées à la dégradation de la situation humanitaire et sociale dans le pays.»

Malheureusement, Saidnaya n’est pas la seule prison du régime à commettre de telles maltraitances; au moins 17’000 autres détenus auraient péri dans d’autres prisons.

Le scandale d’Abu Ghraib avait déjà marqué les esprits en 2003, lors de la guerre en Irak, répertoriant des tortures similaires à celles citées ci-dessus, à Saidnaya; viols, privation de nourriture, tortures physiques, exécutions, etc…

 

Le scandale provoqué par l’exposition des traitements exercés dans cette prison d’Abu Ghraib, n’a cependant pas empêché la création de prisons similaires ailleurs, avec des traitements semblables, et des exécutions à répétition. Le but d’Amnesty est donc d’empêcher de tels crimes contre l’humanité, et dans ce cas précisément, d’appeler les organisations internationales comme l’ONU à réagir et à intervenir auprès des autorités syriennes et des Etats qui soutiennent la Syrie. Ils réclament justice pour les victimes exécutées, et veulent mettre un terme définitif aux tortures dans ces prisons et que les prisonniers soient libérés. La guerre civile syrienne n’étant pas terminée, il est probable que la prison soit encore utilisée dans le cadre d’exterminations à ce jour.

 

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