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La population civile, la vraie perdante de la bataille d’Alep?

le mercredi 17 mai 2017 dans Articles d'élèves, Géopolitique | 0 commentaire

Un article d’Eriola

ALEPPO, SYRIA – AUGUST 3 : Smoke and rubbles rise after Syrian oppositions blow up a tunnel under Syrian Regime forces’ headquarters in Aleppo’s Ramuse region, Syria on August 3, 2016. (Photo by Muhammed Sheekh/Anadolu Agency/Getty Images)

 

La bataille d’Alep c’est quoi en quelques mots ?

Cette bataille a débuté le 19 juillet 2012 par une offensive des rebelles (ce sont donc plusieurs brigades, et la plupart sont reliées à l’armée syrienne libre pour renverser le gouvernement de Bachar el-Assad et établir une démocratie) qui sont parvenu assez rapidement à prendre possession des quartiers est d’Alep. Cette bataille s’est ensuite terminée le 22 décembre 2016 avec la victoire des loyalistes. C’est une guerre civile qui a causé une perte d’au moins 21 500 civils. Elle a été lancée à cause de la guerre syrienne, et surtout du fait que l’armée Bachar el-Assad a gagné beaucoup de territoire autour et dans la ville. C’est une des dernières villes où les rebelles parviennent à tenir tête à l’armée du dictateur. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d’Alep)

 

Les forces en présence
(http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/guerre-en-syrie/20160504.OBS9875/guerre-en-syrie-alep-une-ville-cruciale-pour-le-regime-de-bachar.html )

 

 

 

Situation d’Alep après sa chute
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d’Alep)

 

La population civile, la vraie perdante de la bataille d’Alep?

La bataille d’Alep n’était pas seulement une bataille pour le territoire en lui-même, mais surtout un symbole de rébellion contre l’Etat Islamique et la dictature de Bachar el-Assad. La chute de la ville pourrait également être, comme le précise Manon-Nour Tannous, une chercheure à la Fondation pour la recherche stratégique, « La fin d’un symbole, d’un modèle d’alternative au régime syrien ».

L’écroulement, aussi, d’une expérience démocratique inédite dans cette Syrie soumise à la tyrannie des Assad depuis des dizaines d’années. « L’un des plus extraordinaires exemples de reconstruction d’institutions dans une situation de guerre, rapportent trois chercheurs du CNRS qui se sont rendus dans l’ex-capitale économique entre décembre 2012 et août 2013. Alep avait réussi l’exploit -avec des budgets minuscules et un soutien international symbolique- de nettoyer la ville envahie par les ordures, de relancer des écoles -clandestines, en raison des bombardements ciblés du gouvernement- et de mettre en place un système d’aides aux plus démunis », témoignent-ils dans Le Monde.

 

Un véhicule militaire sur le front des combats, à Alep-ouest, le 28 octobre. Photo Ammar Abdullah
Mais cette chute est également de mauvaise augure pour Idlib, qui restera donc une des seules villes importantes aux mains des rebelles et qui risquerait, par conséquent, de devenir le prochain champ de bataille, ce que soutient l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura, «Nous ne savons pas ce qui va se passer à Idlib. S’il n’y a pas d’accord politique, de cessez-le-feu, Idlib devient la prochaine Alep». Les rebelles d’Idlib se retrouvent livrés à eux-mêmes face à cette rébellion contre le régime syrien, contrairement à Alep qui avait le soutien d’autres Etats. Pour envenimer encore les choses ils doivent non seulement subvenir à leurs propre besoins mais également à ceux des refugiés en provenance d’Alep et des autres villes qui ont été reprises par le régime. Et tout ceci sous les bombardements constants du régime syrien.

 

Bombardement d’un hôpital MSF non loin de la ville de Maaret al-Noomane, dans la province d’Idleb le 15 février 2016 ( http://www.france24.com/fr/20160215-hopital-soutenu-msf-touche-raid-nord-syrie )

 

Pour Bertrand Badie et Gilles Dorronsoro qui sont respectivement politiste et spécialiste de la région, la chute d’Alep est de très mauvaise augure tant pour l’Occident que pour la démocratie. Elle va laisser place aux régimes dictatoriaux les plus brutaux. Cet abandon de l’Occident dans un conflit majeur ne laisse pas beaucoup d’espoir au peuple syrien, dont le choix se situe  entre une dictature ou un régime islamiste très prononcé.

Alep n’est d’ailleurs que la tragique expression d’un monde qui banalise le martyre, caché jusqu’à l’indécence quand il le faut, affiché de manière presque ostentatoire quand on le veut. Qu’on se souvienne des massacres qui ensanglantèrent dans l’indifférence générale l’Afrique des Grands Lacs il y a à peine vingt ans… Le traumatisme est sans doute plus fort aujourd’hui car il révèle la fin d’un monde, la force de l’impuissance, l’effondrement d’une méthode de traitement du malheur des autres. Il est particulièrement vif parce qu’il place l’Occident face à un dilemme qui ruine les canons de sa politique étrangère post-1989 : devoir choisir entre une dictature cynique et un islamisme abhorré ; entre une Russie restaurée et un vide géopolitique dans lequel s’engouffreront des forces de facture anti-occidentale. (Le dur apprentissage de l’impuissance, par Bertrand Badie)

Cet égoïsme de l’Occident face à tant d’atrocités, qui ne pense qu’à ses propres intérêts, c’est-à-dire éliminer l’EI. Cette absence de réaction au niveau mondial, concernant l’horreur que vivent et qu’ont vécu ces civils est accentuée par la paralysie du conseil de sécurité de l’ONU, dont les résolutions sont bloquées par la Russie. Comme l’écrit Newsweek, cité par Amnesty.ch, en septembre 2016:

Des sanctions ciblées ainsi qu’un embargo sur les armes pourraient encore permettre de donner une certaine efficacité à ces résolutions. Et le fait de saisir la Cour pénale internationale de la situation pourrait au moins envoyer un signal faisant savoir que ceux qui ordonnent des crimes massifs devront affronter la justice. Les discours dénonçant l’inhumanité des crimes de guerre qui continuent d’être commis ne suffisent pas.
La survie de Ghina, de Mayada et de Saad, de même que celle de centaines de milliers d’autres civils bloqués à Alep et dans d’autres lieux en Syrie, dépend de la volonté de la communauté internationale de prendre les mesures nécessaires pour empêcher d’autres crimes de guerre et punir les responsables de tels actes.

De plus cela ne diminue pas le djihadisme, cela aura peut-être pour conséquence l’effet inverse, c’est-à-dire un accroissement du djihad. Entre les bombardements et les luttes de pouvoir, l’avenir de la population est compromis. Elle a non seulement perdu son logement, mais aussi des membres de son entourage. Elle a dû se déplacer pour fuir le conflit et arriver dans des villes en tant que réfugiés sans savoir où aller. On peut donc se demander si ce n’est pas la population d’Alep qui est la plus grande perdante dans cette bataille, car elle n’a pas forcément choisi de se battre et en paye quand même le prix.

En conclusion, même si la bataille en tant que telle est terminée, la population, elle, continue d’en subir les conséquences.

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