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La Pologne sur la route de l’extrême droite

le mardi 30 mai 2017 dans Articles d'élèves, Géopolitique, Société | 0 commentaire

Un article de David

Une crise politique inédite s’est nouée en Pologne, depuis le 16 décembre, où le gouvernement polonais dirigé par le parti ultraconservateur « Droit et Justice » aussi appelé PiS, a voté une nouvelle loi visant à restreindre la liberté de presse. Face à cette violation de la liberté d’expression, des milliers de Polonais sont venus manifester devant le parlement., bloquant ainsi la sortie aux élus de la majorité conservatrice.

 

 

A Varsovie, un cortège pacifique s’est réuni devant le palais présidentiel, afin de manifester contre la nouvelle loi adoptée par le gouvernement.
http://www.24heures.ch/monde/europe/bras-fer-parlement-polonais-assiege-opposants/story/17427799

 

Sur le chemin de l’autoritarisme

Cette nouvelle loi visant à restreindre la liberté de la presse n’est qu’une parmi tant d’autres mises en place par le nouveau gouvernement depuis la victoire dans les urnes du parti Droit et Justice, le 6 août 2015, comme par exemple la loi du 9 novembre 2015 permettant au Parlement actuel de nommer les juges du Tribunal constitutionnel censé être indépendants et servant normalement de contre-pouvoir au gouvernement. Cette nouvelle loi entraîne un rapprochement des pouvoirs, étant donné que désormais le législatif pourra être nommé par l’exécutif. La loi sur la presse donnera le droit au ministre du budget de nommer les directeurs des divers médias et pourra aussi de ce fait les renvoyer.  Avec ces deux réformes, se sont deux puissants contre-pouvoirs du gouvernement qui se retrouvent amputés.

 


La dérive autoritaire de la Pologne

 

Et ce ne sont pas les seules lois qui réduisent les libertés à avoir été adoptées, comme la loi sur les rassemblements publics du 2 décembre 2016 restreignant les rassemblement citoyens au profit de ceux de l’Etat et des organisations religieuses. Comme l’explique La Tribune de Genève:

Le texte privilégie désormais [les rassemblements publics] planifiés par les organes de l’Etat et les organisations religieuses au détriment des initiatives citoyennes. L’opposition et des défenseurs des droits humains ont critiqué cette nouvelle mouture qui, selon eux, restreint les libertés fondamentales. Jusqu’à présent, le premier organisateur annonçant un rassemblement en un lieu et à une date donnés était prioritaire par rapport à ceux arrivant après lui.
En vertu de la loi telle qu’elle a été amendée, tout rassemblement ou toute manifestation pourra être interdit(e) par les autorités, si un organe d’Etat ou une Eglise, dont la puissante Eglise catholique, souhaite organiser sa propre manifestation aux mêmes endroits, date et heure.
Le texte introduit également la notion de «rassemblement périodique», manifestation organisée au même endroit et à la même date au moins quatre fois au cours de l’année précédente ou une fois par an le jour d’une fête nationale, et ceci depuis au moins trois ans. Ce type de manifestation sera également prioritaire par rapport à d’autres initiatives sociales ou politiques. Ces dernières pourront se dérouler dans un endroit distant d’au moins 100 mètres du rassemblement périodique. Selon le parti au pouvoir Droit et Justice (PiS), la nouvelle loi permettra d’assurer la sécurité des participants à tous les rassemblements.

 

 

En plus de ces mesures anti-démocratiques on retrouve des lois plutôt inquiétantes telle que cette loi visant à interdire l’avortement, refusée suite à la pression populaire, dans un pays où le droit à l’avortement est l’un des plus restrictif d’Europe. Ces lois font échos à l’idéologie conservatrice proche des pouvoirs catholiques du parti Droit et Justice. Le parti se positionnant clairement contre l’Union européenne, contre l’immigration et pour la préférence nationale.

 

 

D’autres pays européens sont-ils touchés par ce symptôme

Les mouvements eurosceptiques-nationalistes, appelés aussi partis populistes, fleurissent en Europe, comme en Hongrie où un parti de ce type est aussi arrivé au pouvoir en 2010. Le président de la Hongrie Viktor Orbán, appartenant à un parti populiste de droite, a mis en place lui aussi plusieurs lois afin de museler les contres pouvoirs et centraliser le pouvoir dans la main de l’exécutif, c’est-à-dire du président. Ceci et une majorité du gouvernement acquise à sa cause lui laissent libre pouvoir pour ses diverses réformes, telle sa politique anti-migrants.

 

 

Pierre-André Taguieff, philosophe, politiste et historien des idées, directeur de recherche au CNRS à Paris, auteur de L’illusion populiste. Essai sur les démagogies de l’âge démocratique, définit le populisme dans une interview pour 24 Heures:

Il n’y a pas de consensus scientifique sur ce qu’est le populisme, notion floue et terme d’usage polémique. Nous sommes enclins à projeter sur le «populisme» nos craintes, nos hantises, nos rejets, nos répulsions. Quelques marginaux, surtout à l’extrême gauche, osent aujourd’hui y projeter leurs rêves d’une démocratie «radicale». Ce qu’on appelle «populisme» renvoie confusément à deux phénomènes politiques distincts: l’extrême droite et la démagogie. Et ce, alors même qu’on peut voir dans les mobilisations populistes l’expression d’une demande de démocratie «véritable», «authentique» ou «vivante». Mais l’on sait que la démagogie suit la démocratie comme son ombre. La difficulté tient à ce que le populisme est compatible avec toutes les grandes idéologies politiques: libéralisme, conservatisme, socialisme, nationalisme, etc. Il est dénué de spécificité idéologique. On peut qualifier de «populistes» les expressions politiques de défiance à l’égard de la démocratie représentative et de son pluralisme libéral. Mais cela ne suffit pas à définir le populisme.

La Hongrie et la Pologne présentent ainsi les mêmes symptômes d’une dérive dans l’autoritarisme : une majorité parlementaire leur permettant de mettre en place divers lois restreignant les contres pouvoirs et permettant ainsi la mise en place d’autres lois nationalistes. Ces mêmes mouvements populistes deviennent de plus en plus puissants dans le reste de l’Europe. Ils surfent sur une frustration due à une baisse économique, une perte de confiance dans les élites politiques et dans l’Union européenne, accusant cette dernière d’être la source de leurs malheurs et prônant ainsi un retour à un Etat national fort.

Et surtout une peur de l’immigration devenue de plus en plus importante ces dernières années. Ce qui explique leur élection démocratique, c’est le nombre important de gens frustrés, se sentant rejetés par le système et recherchant des solutions simplistes proposées par ces partis se présentant contre le système.

http://www.24heures.ch/monde/entres-ge-demagogues/story/24829055

 

Nous voyons ici que ce phénomène de la montée du populisme est présent dans plus ou moins toute l’Europe, bien que ce soit en Pologne et Hongrie que leurs scores sont les plus élevés. Si ces deux pays sont particulièrement touchés par cette évolution, c’est en grande partie en raison de leur héritage commun d’un passé communiste. Avec la crise que subit l’Europe aujourd’hui, ces pays commencent à perdre confiance dans la démocratie. C’est une partie de l’absence de débat politique lors de la domination communiste, qui facilite leur choix d’un Etat autoritaire capable de prendre des décisions sans compromis. Le même phénomène se retrouve entre les ex-Allemagne de l’Est et de l’Ouest. Où l’Allemagne de l’est votera plus facilement pour un parti proposant des solutions radicales éloignées de la représentation démocratique lorsque des problèmes économiques et sociaux se présentent (immigrations, chômage etc.).

 

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