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Le cacao, une fève destructrice?

le dimanche 26 mai 2019 dans Articles d'élèves, Environnement | 0 commentaire

Par Iris, Jenna, Alan, Nahom

Le cacao est une poudre obtenue à partir de l’amande des fèves de cacao torréfiées et broyées. On distingue trois étapes principales sur ce marché : la culture des fèves de cacao, l’exportation et la transformation de ces dernières pour https://www.businesscoot.com/fr/page/le-marche-du-cacaoobtenir la poudre, le beurre et la liqueur.

Le marché mondial du cacao représente plus de quatre millions de tonnes par an. Vendue à travers le monde sur les marchés boursiers les plus importants de la planète, New York et Londres, la production et donc la consommation mondiale ne cessent de croître et devraient garder cette tendance ces prochaines années.

La Côte d’Ivoire est le « Number one » dans la production mondiale de fèves de cacao. Suivie de très près par le Ghana, l’Indonésie et le Nigéria. Ces quatre pays représentent près de 80% de la production mondiale de fèves de cacao. À eux seuls, la Côte d’Ivoire et le Ghana exportent 74% des quantités de cacao consommées dans le monde. On peut donc observer que le cacao est produit essentiellement dans les pays en développement au Sud pour des acheteurs situés dans les pays les plus riches et développés au Nord.

ICCO, http://www.cocoabarometer.org/Cocoa_Barometer/Download_files/ Cocoa%20Barometer%202015%20.pdfe7Zye9dpUY9vBLtk7

 

Pour comprendre la part destructrice de cette fève, nous allons nous pencher sur trois enjeux économiques, sociaux et environnementaux liés à sa production.

Les enjeux socioéconomiques liés au revenu des petits producteurs 

Les enjeux sociaux concernant le travail forcé des enfants 

Les conséquences de la production de cacao sur l’écosystème  et l’environnement 

1. Producteur de cacao, synonyme de pauvreté ?

Le marché du cacao est un commerce prospère, dans lequel les grosses entreprises font de larges profits. Et tandis que ces entreprises cherchent à faire des bénéfices toujours plus élevés et à prendre une place toujours plus importante sur le marché, des millions de producteurs de cacao en subissent les conséquences en voyant leur part de revenu toujours plus réduite. Aujourd’hui, on estime à environ 0,84 $ le revenu journalier d’un producteur de cacao ghanéen et de 0,5 $ celui d’un producteur ivoirien.

Les grands gagnants du marché de cette filière ne sont donc pas ceux qui la produisent mais ceux qui jouent les intermédiaires entre la chaîne de production et de transformation ainsi que ceux qui sont actifs dans la chaîne de distribution. Il est important de noter que la plus-value va majoritairement revenir aux fabricants et aux grands distributeurs qui oeuvrent dans ce secteur, tels que Cargill, Nestlé et Ferrero. Ces derniers exercent donc « une véritable mainmise » sur l’ensemble des activités créatrices de la valeur ajoutée. Comme l’illustrent les chiffres ci-dessous, les petits producteurs locaux, quant à eux, en reçoivent une part dérisoire.  

http://Make chocolate fair!, https://fr.makechocolatefair.org/problemes-cles/les-prix-du-cacao-et-les-revenus-des-producteurs

En outre, le cours du cacao est extrêmement volatil et ne profite pas aux petits producteurs de fèves de cacao. À l’échelle mondiale, 90 % du cacao est produit par des entreprises agricoles familiales de 1 à 5 ha ou moins, tandis que 5 % seulement provient de grandes plantations de 40 ha ou plus. Ces derniers restent alors cantonnés à la culture d’une matière première dont le cours varie en fonction des stratégies des puissances du secteur et des manoeuvres de spéculateurs financiers, qui privilégient plus habituellement une logique de rentabilité à court terme. C’est ainsi que, peu importe que le cours du cacao soit haut ou bas, cela n’aura pas d’influence ou tout du moins très peu, sur le salaire journalier des producteurs qui reste actuellement toujours bien en dessous du seuil de pauvreté. De plus, les producteurs sont rarement organisés et il leur manque une vision des tendances du marché pour les prix du cacao. Par conséquent, ils se voient obligés de vendre leur cacao au prix dicté par les intermédiaires. 

Conjugué au réchauffement climatique qui assèche les zones de production, ce qui affecte sérieusement la qualité et la quantité des récoltes cumulées à des coûts de production toujours plus importants, ces facteurs sont aujourd’hui la source de l’insécurité économique et de l’appauvrissement de millions de producteurs de cette matière première. Par conséquent, l’instabilité et la faiblesse des revenus des petits producteurs locaux pose de sérieux problèmes sociaux ne pouvant ni vivre dignement, ni entretenir correctement leur parcelle de terre sur laquelle ils cultivent le cacao. La problématique des revenus des producteurs va se répercuter sur les conditions de travail dans les plantations de cacao, notamment avec le travail des enfants. 

2. L’exploitation des enfants sur les plantations de cacao

Unicef, « Travail des enfants dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire » https://images.app.goo.gl/NhaYYqqzHxjkDZNk8

Aujourd’hui, on compte 500’000 à 1,5 million d’enfants travaillant dans le secteur du cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana. Pour la plupart, ils sont expédiés par milliers depuis les pays voisins comme le Mali ou le Burkina Faso sous prétexte qu’ils y trouveront une vie meilleure. Cependant, la réalité est bien différente. L’appauvrissement des producteurs de cacao les force à chercher des moyens de réduire les coûts de production autant que possible. Les jeunes travailleurs sont considérés comme une simple marchandise : on leur promet un vélo ou une scolarité fictive et s’ils reçoivent un salaire celui-ci est insignifiant, ce qui ne fait qu’encourager le trafic d’enfants. Plus d’un quart des jeunes de 5 à 14 ans du pays travaillent aux côtés de leurs parents, leur revenu étant vital pour un grand nombre de familles. La moitié d’entre eux ne vont pas à l’école et travaillent du matin au soir. Ils n’ont donc pour la plupart ni la force ni le temps de profiter d’un enseignement. Par conséquent, en grandissant ils sont souvent contraints de continuer à y travailler, n’ayant d’autres  compétences et perspectives d’avenir que la culture du cacao. L’autre problème majeur est les conditions dans lesquelles travaillent les enfants. Les journées de travail sont particulièrement longues pour des enfants âgés de moins de 14 ans. Ils doivent transporter des récipients d’eau très lourds et des sacs de cabosse allant jusqu’à 40 kg ce qui peut avoir de graves conséquences sur leur croissance. L’utilisation des machettes pour fendre les fèves en haut des arbres est dangereuse et la vaporisation de pesticides sans protection, nocive pour la santé. Viennent s’ajouter à cela la présence d’insectes et serpents dangereux. De plus, ils ne disposent pas forcément des soins nécessaires à leurs douleurs et blessures.

L’exploitation des enfants dans les plantations de cacao met donc en danger la santé physique et mentale des enfants et les empêche d’avoir accès à l’éducation. Cependant, le problème ne s’applique pas qu’aux enfants et les adultes sont également victimes de travail forcé. En 2001, l’industrie du cacao et du chocolat s’est engagée à mettre fin à l’exploitation des enfants d’ici 2005 en signant le protocole Harkin-Engel. Le délai s’est ensuite prolongé à de nombreuses reprises. L’objectif actuel est de réduire les pires formes d’exploitation des enfants de 70 % d’ici à 2020. En conclusion, malgré les efforts prévus à cet effet, le travail forcé des enfants persiste. La santé et l’éducation sont deux facteurs importants au bon développement de l’enfant et les tâches qu’ils doivent assumer leur sont inadaptées. Par conséquent, ce travail est destructeur car il empêche les enfants de pouvoir se développer correctement tant physiquement qu’intellectuellement et socialement. En plus d’engendrer les problèmes socioéconomiques que nous avons évoqué précédemment, la production de fève de cacao est également destructrice pour l’environnement.

3. Le cacao, un désastre écologique

Depuis les années 1960, la production mondiale de cacao a explosé est est passée de 1,2 millions de tonnes à 4,5 millions de tonnes en 2017. Cette augmentation drastique de la production mondiale de cacao est due principalement à quelques pays, à savoir : la Côte d’Ivoire, le Ghana et l’Indonésie. Cependant, la production de cacao n’est pas un exemple en matière de respect de l’environnement. 

Impact environnemental de l’utilisation d’engrais et de pesticides

Afin d’augmenter les rendements de production, les cacaoyers sont régulièrement pulvérisés de pesticides et d’engrais pouvant être nocifs à l’homme et à l’environnement. En effet, le cacao a plusieurs parasites ravageurs et a besoin de ressources nutritives que le sol de la région seul n’apporte pas toujours. De nature très polluante, leur usage devrait être encadré, voire réduit dans la production du cacao certifié durable. Certains de ces pesticides sont très persistants dans l’environnement et peuvent se trouver à l’état de résidus dans les fèves de cacao. Parmi ceux-ci, on retrouve le lindane, qui est un insecticide de la même famille que le DDT, classé par l’organisation mondiale de la santé comme moyennement dangereux et interdit dans plus de 50 pays. L’utilisation de produits chimiques entraîne donc l’appauvrissement et ou la contamination des sols, des eaux et des aliments et peut, par conséquent, contaminer tant bien les hommes que les animaux. De plus, comme vu précédemment, la vaporisation de ces pesticides se fait fréquemment sans protection, ce qui est extrêmement dangereux pour les enfants et les adultes assurant ces tâches. 

Impact environnemental de la déforestation 

En plus de nécessiter beaucoup de produits chimiques, la production de cacao nécessite beaucoup d’espace cultivable en zone tropicale et les espaces plantés en cacaoyers n’ont cessé de s’accroître. En Côte d’Ivoire par exemple, les plantations ont remplacé 80% de la forêt tropicale. Une des raisons est que le cacaoyer est un arbre qui demande beaucoup d’espace. En effet, afin de lutter contre la contamination de maladies qui attaquent les cabosses des fèves de cacao, il est nécessaire d’espacer les cacaoyers. De plus, il se développe à l’ombre d’autres arbres, ce qui demande de la place. 

Mighty Earth: « Chocolate’s dark secret »,
http://www.mightyearth.org/kissed-by-deforestation/ 

En outre, le cacao est souvent cultivé en monoculture. Au bout d’une vingtaine d’années les cultures sont beaucoup moins productives. Conjugué à l’utilisation des pesticides, les sols se retrouvent très  vite appauvris. Par conséquent, il faut fréquemment replanter des arbres sur des terres fertiles se trouvant majoritairement en zone forestière. Afin de bénéficier de cet espace, les producteurs de cacao se voient contraints de déforester la forêt tropicale pour augmenter la taille de leur domaine afin de satisfaire la demande en cacao. Cette déforestation a de multiples effets négatifs tels que l’anéantissement de la faune et la flore locale qui sont délogés de leur habitat naturel. En effet, les chimpanzés, les éléphants et d’autres espèces sauvages ont été décimés en raison de la conversion des forêts en exploitations de cacao. En Côte d’Ivoire, il ne reste plus qu’entre 200 et 400 éléphants sur une population qui à l’origine en comptait des dizaines de milliers.  

http://guess.mondoblog.org/2017/10/06/cote-divoire-chimpanzes-menaces/

Par ailleurs, les forêts jouent un rôle de régulateur et la diminution de la capacité d’absorption des forêts en eau peut conduire au lessivage de la terre et à des inondations. Par conséquent, les récoltes déclinent dans certaines régions, ce qui encourage l’utilisation des engrais ou le déboisage de toujours plus de forêt. Alors que la déforestation diminue le nombre d’arbres capables de l’absorption de gaz carbonique, les arbres abattus et brûlés en produisent. En effet, on estime la déforestation responsable d’environ 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. 

On peut donc constater qu’aujourd’hui, les méthodes intensives lancées depuis des années afin d’augmenter la production pour satisfaire la demande croissante en cacao ont déjà atteint leurs limites agronomiques, socio-économiques et environnementales. Il est donc nécessaire de faire évoluer le modèle actuel. L’une de ces solutions serait de s’inspirer de l’agroforesterie dans les plantations de cacao. Il s’agit d’un mode d’exploitation des terres agricoles consistant à introduire des arbres fruitiers et forestiers dans les cacaoyères. La diversité des cultures permet aux plantes de se protéger les unes par les autres contre leurs parasites, permettant ainsi la réduction de l’utilisation d’engrais et de pesticides. Par conséquent, cela permet également de limiter la pollution des eaux et améliorer la qualité des sols. De plus, ce mode d’exploitation contribue à la biodiversité et à l’augmentation du stockage du carbone. 

Certes, aujourd’hui, de plus en plus de plates formes soutiennent la production d’un cacao durable, cependant, les réels agissements quand à la question restes minimes. En 2017, plusieurs grands noms de l’industrie du cacao comme Nestlé ou Ferrero ont annoncé leur intention de s’accorder sur un plan d’action pour lutter contre la déforestation. Mighty Earth, une organisation de campagne mondiale qui travaille à protéger l’environnement, a tenu a vérifier un an plus tard, si ces engagements avaient été mis en pratique. Hélas, ils ont constaté que malgré ces promesses, la destruction des forêts d’Afrique de l’Ouest pour la culture du cacao se poursuit, et que ces grandes entreprises tout comme les gouvernements refusent encore de changer leurs pratiques.

Comment éviter les dégâts causés par la production de la fève de cacao ? 

Dans cet article nous nous sommes intéressés à trois enjeux illustrant le côté « destructeur »  de la fève de cacao au niveau économique, social et environnemental. Au niveau économique, les salaires médiocres des petits producteurs locaux ne leur permettent plus d’assurer leur coût de la vie. De plus, le manque d’information concernant les prix du marché affecte les producteurs de cacao et leurs familles, qui sont les grands perdants d’une industrie du cacao très lucrative. Par conséquent, pour de nombreuses familles, un revenu supplémentaire est vital. C’est pourquoi ils laissent leurs enfants travailler, ce qui pose de nombreux problèmes au niveau social. La traite d’enfants sur les plantations de cacao les prive d’accéder à l’éducation, contribue à la pauvreté et porte atteinte à la santé des jeunes travailleurs, toujours en phase de croissance. De plus, les conditions très précaires dans lesquelles ces derniers sont « employés » ne sont moralement pas correctes et pas aux normes. Finalement, au niveau environnemental, nous faisons actuellement face à une situation critique. L’augmentation de la demande incite les producteurs à augmenter leur production et soulève alors la question de la déforestation et de l’utilisation des pesticides, qui sont des techniques intensives encore très utilisées aujourd’hui. 

À l’heure d’aujourd’hui il existe des solutions pour réduire les dommages causés par cette « fève destructrice ». Par exemple, pour les consommateurs, la meilleure solution est de privilégier le chocolat éthique provenant de marques engagées à produire du cacao durable et socialement équitable, luttant contre le travail des enfants et assurant une meilleure rémunération des producteurs. Acheter du cacao à un prix équitable permet alors de revaloriser le travail des producteurs de cacao, qui, à leur tour, peuvent investir dans l’avenir de leurs enfants. L’augmentation du niveau de vie ainsi que le développement des communautés pourront rendre la culture du cacao attrayante pour les générations futures. De plus, les mesures permettant d’aboutir à  la production d’un cacao durable sans pesticides ni déforestation grâce à l’agroforesterie impliquent un changement de comportement des acteurs de toute la filière, à savoir les producteurs, les industriels, les distributeurs ainsi que les consommateurs. 

Sitographie 

Beurk, « Les enfants esclaves du cacao en Afrique occidentale », http://www.beurk.com/dossiers/les-enfants-esclaves-du-cacao-en-afrique-occidentale 

Bioconsomacteurs, « Cacao bio vs conventionnel », https://www.bioconsomacteurs.org/agir/agir-au-quotidien/trucs-et-astuces/cacao-bio-vs-cacao-conventionnel

Chococlic, « Le cacao, un enjeu environnemental », https://www.chococlic.com/Le-cacao-un-enjeu-environnemental_a2549.html

Chocotendance, « Le chocolat et l’environnement », https://www.chocotendance.com/content/40-le-chocolat-et-l-environnement 

Euractiv, « La culture du cacao décime les forêts de Côte d’Ivoire », https://www.euractiv.fr/section/aide-au-developpement/news/la-culture-du-cacao-decime-les-forets-de-cote-divoire/ 

FAO, « Cocoa », http://www.fao.org/3/y5143e/y5143e0x.htm

Forum social mondial 2016, « Les enjeux de la filière cacao-chocolat : vers une alternative équitable », https://fsm2016.org/activites/les-enjeux-de-la-filiere-cacao-chocolat-vers-une-alternative-equitable/

France nature environnement, « Déforestation due au chocolat : un désastre évitable » https://www.fne.asso.fr/dossiers/d%C3%A9forestation-afrique-cacao

France 24, « Côte d’Ivoire : le chocolat, ennemi numéro un des forêts », https://www.france24.com/fr/20170914-cote-ivoire-chocolat-ennemi-foret-deforestation-cacao-environnement-climat

Lahuun, « Cacao : un désastre écologique et économique s’annonce en Afrique », https://lahuun.com/2019/01/17/cacao-un-desastre-ecologique-et-economique-sannonce-en-afrique/

Make Chocolate Fair!, « Droits de l’homme et travail des enfants », https://fr.makechocolatefair.org/problemes-cles/droits-de-lhomme-et-travail-des-enfants

Rfi, « Côte d’Ivoire: lutte contre le travail des enfants du cacao », http://www.rfi.fr/emission/20161006-cote-ivoire-ici-lutte-travail-enfants-cacao 

Sciences avenir, « La déforestation pour la culture du cacao se poursuit sans relâche », https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/plantes-et-vegetaux/la-deforestation-pour-la-culture-du-cacao-se-poursuit_130111

Unicef, « Travail des enfants dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire », https://www.unicef.ch/fr/notre-travail/programmes/travail-des-enfants-dans-les-plantations-de-cacao

Wikipédia, « Le lindane », https://fr.wikipedia.org/wiki/Lindane

Vidéos 

RTS, « Le marché du cacao: un commerce du sud vers le nord » https://www.rts.ch/play/tv/a-bon-entendeur/video/le-marche-du-cacao-un-commerce-du-sud-vers-le-nord?id=408215

YouTube, « Le cacao en voie de disparition Le Dessous des cartes [5 Arte ] », https://youtu.be/MoGEqfQ6ojQ

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