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L’accès à la scolarisation est-il impossible pour les enfants syriens ?

le lundi 29 mai 2017 dans Articles d'élèves, Risques, Société | 0 commentaire

Un article de Providence et Caroline

 

Une école primaire endommagée par les combats à Hujjaira, dans la région de Damas, en Syrie. Photo UNICEF/M. Abdulaziz
http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=38356

 

C’est le 15 mars 2011, soit il y a maintenant 6 ans, que des manifestations majoritairement pacifiques ont eu lieu en faveur de la démocratie et contre la dictature de Bachar-el-Assad, président de la Syrie depuis juin 2000. Petit à petit, ces manifestations se sont transformées en rébellion armée et aujourd’hui encore, une guerre civile se déroule en Syrie. [1] Le nombre exact de morts est incalculable étant donné que les différentes sources sont peu fiables et qu’il existe de nombreux villages et villes qui sont inaccessibles. Cependant, on estime pour plus de 14 millions de Syriens déplacés[2], pas loin de 207’000 civils décédés[3] dont environ 24’800 enfants[4]. D’ailleurs, ces derniers sont estimés en 2016 à 2,8 millions comme étant déscolarisés dont 700’000 en dehors de la Syrie.[5]

http://sn4hr.org/blog/2017/03/18/35726/

 

 

http://scpr-syria.org/publications/policy-reports/multidimensional-child-deprivation-in-syria-2001-2009
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/03/16/les-syriens-ont-perdu-20-ans-d-esperance-de-vie-en-quatre-annees-de-guerre_4593255_3218.html

 

Ce graphique montre le taux de scolarisation de 2011 à 2015 dans des villes de Syrie. Comme il est écrit dans l’article du Monde, les pourcentages ne sont peut-être pas exacts puisque le régime n’a plus de contrôle dans d’importantes parties du territoire. Il est remarquable que le taux de formation scolaire a, en général, fortement baissé. Cependant, la chute de scolarisation est plus importante dans certaines villes que d’autres. Ce cas représente la majorité des régions disputées ou principalement occupées par les rebelles, comme Alep, Idleb ou Raqqa. A contrario, les lieux ayant une chute moins importante ou une croissance sont gouvernés par le régime, tels que Damas, Homs ou Lattaquié[6]. Les régions étant alors occupées par les rebelles sont plus favorables aux attaques du régime syrien créant ainsi un manque de scolarisation.

 

Que se passe-t-il dans les écoles syriennes depuis 2011 ?

Depuis le début de la guerre, plus de 4000 attaques contre des écoles ont rendant un tiers des écoles inutilisables.[7] Des accidents arrivent également comme le mercredi 22 mars 2017 où une école d’Ar-Raqqa abritant des déplacés venant de Raqqa, Alep et Homs a été attaquée faisant ainsi 53 civils morts dont 12 enfants.[8] Cette attaque aurait été menée par la coalition internationale, c’est-à-dire par les Etats-Unis puisque ces derniers ont déclaré avoir envoyé des hélicoptères d’attaque dans cette même zone. Ce serait alors une grave erreur de leur part d’avoir probablement raté la cible qu’ils visaient.[9] Cette attaque involontaire s’ajoute ainsi à la longue liste de destructions d’établissements scolaires.

L’école accompagne de longues années la vie d’un enfant, qui est très influençable par ce qu’il entend et donc par les paroles d’un enseignant. L’école c’est également là où l’on va commencer à se faire une opinion du monde. Alors, afin d’éviter la transmission d’une idéologie contraire à celle du gouvernement, ce dernier attaque ces institutions.[10] Moins il existe d’enfants éduqués et comprenant la dictature dans laquelle ils vivent, moins il y a de chance d’une vengeance future de leur part. Le tiers restant des écoles est alors utilisé en tant qu’école mais aussi pour des fins militaires et des abris pour de nombreuses familles.

Il faut ajouter qu’un tiers des enfants syriens n’a connu que la guerre et sont donc traumatisés puisqu’ils ont vu d’horribles événements qu’ils revoient pendant leur sommeil . Ils créent une déconnexion émotionnelle c’est-à-dire qu’ils parlent de ce qu’ils ont vu d’une manière froide afin de se protéger, comme le dit Christophe Boulierac porte-parole de l’UNICEF à Genève dans Géopolitis.[11] L’éducation a alors un rôle très important puisque les enfants se sentent en sécurité lorsque leur vie est encadrée, ce que leur apporte l’école en plus des connaissances et de l’éducation. Ces 2,8 millions d’enfants déscolarisés sont la prochaine génération de médecins, de professeurs, d’ingénieurs et autres métiers mais sans éducation, c’est une génération qui sera perdue et qui voudra probablement se venger de tout ce qu’elle a subie.

 

http://sn4hr.org

 

Quelques chiffres concernant la scolarisation des enfants syriens

Il n’existe pas seulement un grand nombre d’enfants syriens déscolarisés en Syrie mais également parmi les réfugiés syriens dans d’autres pays tels que la Turquie, le Liban et la Jordanie.

Pays Turquie Liban Jordanie
Nombre d’enfants Syriens réfugiés[12] >1,2 millions >560’000 >330’000
Taux de scolarisation (%) 40 40 70

Au Liban, par exemple, il est très difficile pour les familles réfugiées de scolariser leurs enfants car il existe de grandes exigences concernant le droit de séjour au Liban et les familles se retrouvent suite à leur exil en grand manque d’argent, les empêchant alors de payer les transports jusqu’aux écoles qui se situent parfois bien trop loin d’où résident les enfants réfugiés. Ces derniers n’allant plus à l’école depuis un moment et ne connaissant ni l’anglais ni le français, qui sont les principales langues des cours importants au Liban, n’ont pas le niveau d’étude nécessaire. Il existe certes des cours en arabe mais pas toutes les écoles emploient des professeurs enseignant les branches principales en arabe. Les enfants vont alors travailler illégalement afin d’aider leur famille. Il ne faut pas oublier qu’avant les réfugiés syriens il y a les enfants libanais, cet afflux d’enfants syriens va alors surcharger les écoles qui comptent, selon l’UNICEF, 300’000 élèves et qui ne peuvent pas en scolariser 400’000 de plus.[13]

 

https://www.unicef.org/french/education/syria_95096.html

 

Quels sont les moyens mis en place afin de permettre l’accès à la scolarisation ?

Bien que les conditions de scolarisation au Liban ne ne correspondent pas aux désirs de l’UNICEF, on remarque tout de même une nette amélioration. En effet, l’organisation a permis à 45’000 enfants syriens d’être scolarisés en accédant aux écoles publiques[14].

Concernant la Turquie, les actions de l’UNICEF ont également permis à 60% des Syriens d’avoir accès à une éducation. Pour cela, des rénovations, reconstructions et réaménagements de 400 écoles ont été faits depuis 2013. Il y a également eu un accroissement de 20’000 enseignants volontaires pour la réalisation de ce projet. De surcroît, des allocations sont offertes aux familles syriennes pour qu’elles puissent envoyer leurs enfants à l’école[15].

Les œuvres mises en place pour cette scolarisation se font également sur le territoire syrien. En effet, plusieurs caves sont mises à disposition pour l’éducation de ces enfants, puisque les écoles s’avèrent souvent trop dangereuses et peuvent abriter de la violence. Ces caves permettent donc de la sécurité et un bon fonctionnement pour le cursus scolaire de ces jeunes[16].

En janvier 2014, L’UNICEF a également lancé une campagne de sensibilisation nommée « No Lost Generation » le but étant, comme le dit son nom, d’éviter d’avoir une future génération perdue et d’assurer son avenir[17]. Le financement de l’organisation mondiale est fourni par le biais de certains gouvernements, suivant leur générosité, ainsi que par plusieurs dons privés[18]. Toutefois, en 2016, elle confirme avoir besoin de 1,16 milliards de dollars américains afin de venir en aide aux Syriens et réfugiés syriens. Cette somme représente plus de 40% du don total demandé par l’UNICEF à l’échelle mondiale et servirait majoritairement à l’amélioration des conditions de vie enfantines[19]. Cela peut être expliqué par la reconstruction des écoles, la protection des enfants ainsi que tout ce qui est lié à l’apprentissage qui coûte énormément d’argent. Les projets de la campagne pour 2017 sont donc de donner à 1,3 millions de Syriens l’accès à l’éducation et d’améliorer la qualité de l’enseignement[20]. Concernant les aides générales que l’UNICEF apporte aux enfants, l’organisation prévoit d’apporter de l’aide à 5 millions d’enfants syriens sur 8,2 millions, soit plus de la moitié[21].

 

 

Conclusion

La guerre civile en Syrie a de fortes répercussions depuis 6 ans sur la génération enfantine. En effet, plusieurs enfants sont traumatisés par ce qu’ils ont vécu et créent une déconnexion émotionnelle afin de se protéger psychiquement. A noter qu’un enfant syrien sur trois n’a pas connu autre chose que la guerre.

L’éducation est donc un point essentiel pour cette jeunesse et nécessite une continuité de l’apprentissage. Seulement, là encore, la scolarisation ne cesse de baisser depuis le début du conflit. En effet, plus de 4’000 attaques ont eu lieu contre les écoles syriennes. De ce fait, 2,8 millions de jeunes sont déscolarisés. Cette absence de scolarisation concerne également les réfugiés syriens en Turquie, Liban et Jordanie.

Pour venir en aide à ces enfants, l’UNICEF œuvre constamment en leur faveur. Depuis, 45’000 Syriens ont pu être scolarisés et plusieurs caves syriennes font notamment l’objet de réunions éducatives, afin d’assurer un enseignement en toute sécurité. L’organisation agit également dans d’autres pays, telle la Turquie, en offrant une scolarisation à 60% des jeunes Syriens. La campagne « No Lost Generation » a aussi été lancée en 2014, pour ces enfants. Plusieurs dons et financements de certains Etats aident au développement de l’organisation mondiale. Néanmoins, il manquerait 1,16 milliards de dollars américains afin de venir en aide à 5 millions d’enfants syriens, dont 1,3 millions sur le plan éducatif.

 

 

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bachar_el-Assad

[2] http://www.syriahr.com/en/?p=62760

[3] http://sn4hr.org/blog/2017/03/18/35726/

[4] http://sn4hr.org/blog/2016/11/21/29500/

[5] http://www.rts.ch/play/tv/geopolitis/video/linvite?id=7500291

[6] http://www.francetvinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/syrie-deux-ans-de-conflit-en-cinq-cartes_281371.html

[7] http://www.tdg.ch/monde/4000-attaques-ecoles-syrie/story/16683099

[8] http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=39191#.WNcOmhh7SgQ

[9] http://www.24heures.ch/monde/coalition-bombarde-ecole-raqa/story/24219698

[10] http://www.slate.fr/story/99921/pourquoi-terroristes-ciblent-ecoles-universites

[11] http://www.rts.ch/play/tv/geopolitis/video/le-contexte?id=7500293

[12]https://www.unicef.org/iraq/Syria_Crisis_end_of_2015_SitRep_FINAL_OPSCEN.PDF

[13] https://www.unicef.fr/article/enfants-syriens-l-urgence-du-retour-l-ecole

[14] https://www.unicef.fr/article/enfants-syriens-l-urgence-du-retour-l-ecole

[15] https://www.unicef.fr/contenu/espace-medias/plus-de-40-des-enfants-syriens-refugies-en-turquie-ne-sont-pas-scolarises

[16] https://www.unicef.org/french/education/syria_95096.html

[17] http://nolostgeneration.org/about

[18] https://www.unicef.ch/fr,  consulté sur téléphone mobile

[19] https://www.unicef.fr/contenu/espace-medias/2016-en-2016-lunicef-besoin-de-28-milliards-de-dollars-ses-actions-durgence

[20] http://nolostgeneration.org/about

[21] https://www.unicef.fr/contenu/espace-medias/2016-en-2016-lunicef-besoin-de-28-milliards-de-dollars-ses-actions-durgence

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