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Japon et Corée du Sud, une réconciliation impossible?

le vendredi 31 mars 2017 dans Articles d'élèves, Espace, Géopolitique, Société | 0 commentaire

Un article de Arno et Adis

 

En quoi les relations entre le Japon et la Corée du Sud sont-elles problématiques ?

Dans un monde utopique il n’y aurait peut-être qu’une seule grande nation occupant toute la surface terrestre. La création des Etats-Nations a renforcé la notion de frontière et mis à jour les volontés expansionnistes de certains Etats, ou des disputes quant à leurs limites territoriales. Le Japon et la Corée du Sud ne font pas exception à cette règle. En effet, ces deux pays sont en conflit sur divers points depuis de nombreuses années. Que ce soient des faits historiques, des conflits de territoire ou des rivalités économiques nous allons voir en quoi les relations entre ces deux pays sont problématiques.

 

Les femmes de réconfort

 

Statue en hommage aux femmes de réconfort installée en face du consulat du Japon, à Busan, en Corée du Sud.
http://www.france24.com/fr/20170106-contentieux-femmes-reconfort-japon-rappelle-ambassadeur-seoul-busan

 

Le 6 janvier 2017, les tensions ont refait surface à cause de la question des femmes de réconfort. La Corée du Sud a installé une statue à Busan devant l’ambassade du Japon, en hommage aux femmes de réconfort . Réaction imminente du Japon, le rappel de son ambassadeur à Séoul en signe de protestation. Les femmes de réconfort désignent les femmes qui ont été forcées de se prostituer pour l’armée japonaise. Ces femmes venaient principalement des pays occupés par le Japon depuis les années 1930 et la conquête de la Mandchourie, qui sont la Chine, la Corée du Sud, les Philippines, l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande, la Birmanie, ainsi que le Viêt-Nam.

 

Carte des pays occupés par le Japon jusqu’en 1939.
http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Japon_histoire/185382

 

L’expansion impériale et la zone d’extension maximale de la Sphère de coprospérité de la grande Asie orientale.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Expansionnisme_du_Japon_Shōwa#/media/File:Japanese_Empire2-fr.png

 

On ignore aujourd’hui encore le nombre précis de femmes ayant été enrôlées de force dans les bordels militaires de campagne (BMC), car lors de la défaite du Japon en 1945, les documents ont été détruits pour supprimer les preuves. Les historiens estiment le nombre à 200’000 [source?]. L’objectif principal de ces bordels militaires était d’arrêter les viols massifs commis par les soldats de l’armée impériale sur les terres conquises et de diminuer les maladies sexuellement transmissibles. Selon le gouvernement japonais cela participait également au repos des soldats japonais qui étaient soumis à des conditions rudes et difficile. On peut donc comprendre la réaction du Japon face à cette statue qui leur rappelle une période noire de leur histoire qu’ils n’aiment pas voir exposée au grand jour.

Il faut savoir que pendant longtemps, le gouvernement japonais a nié l’existence de ces bordels militaires et niait tout implication de son armée. Cependant, en 1993 ils finissent par reconnaître les crimes commis durant les années 1940. Cependant, le gouvernement a refusé d’indemniser les victimes en rejetant tous les procès qui lui ont été intentés. Il semble évident que le Japon a honte de ses crimes qu’il a commis dans cette période et qu’il n’assume pas vraiment ses actes, ce qui n’est pas très respectable de la part d’un grand pays d’Asie. Ce n’est également pas le bon moyen de se réconcilier complètement avec le voisin qui est la Corée du Sud. Les deux pays avaient signé un accord en 2015 qui mettait fin à ces tensions. Dans cet accord le Japon s’engageait à verser un milliard de yens (environ 8,8 millions d’euros) de dédommagement pour financer une fondation qui aiderait les survivantes.

Mais cet accord ne soulage pas les tensions. Pour mettre définitivement fin à tout cela il suffirait que le Japon présente des excuses, car c’est ce que veulent les victimes, elles cherchent juste à ce que le voisin japonais reconnaisse et assume ses actes. Cependant, le premier ministre japonais Shinzo Abe ne l’entend pas de cette oreille. Pour ce libéral nationaliste largement soutenu par la population (60 % d’opinions favorables), le Japon doit cesser de se définir comme « le pays qui a perdu la guerre » contraint d’exprimer des remords pour ses faits militaires. Concrètement, Shinzo Abe milite en faveur d’un renforcement militaire du pays. Il voudrait revisiter la Constitution pacifiste, imposée en 1947 par les États-Unis, qui autorise le Japon à posséder seulement une « force d’autodéfense ». Shinzo Abe étant un nationaliste, il serait utopique de penser que dans un futur proche le Japon présente ses excuses.

 

 

 

Spirits’ Homecoming, film sud-coréen de 2015 sur les femmes de réconfort.

http://www.japantimes.co.jp/culture/2016/03/04/entertainment-news/film-depicting-horrors-faced-comfort-women-japan-army-tops-korea-box-office/#.WN5MFRjpNWk

 

Tokdo/Takeshima

 

Photogramme du site gouvernemental japonais pro-Takeshima
http://www.cas.go.jp/jp/ryodo_eg/ryodo/takeshima.html

 

 

Frontières maritimes du Japon
http://langlois.blog.lemonde.fr/2013/01/29/le-japon-et-la-chine/

 

Cartes de Takeshima selon le gouvernement japonais
http://www.cas.go.jp/jp/ryodo_eg/ryodo/takeshima-about.html

 

Certes, les tensions majeures entre ces deux pays sont liées aux « femmes de réconfort ». Cependant, il y a une réelle lutte diplomatique entre Séoul et Tokyo sur la question de la possession des rochers Liancourt. En effet, ces rochers sont des îles situées entre Corée et Japon et revendiquées depuis le début du siècle dernier par les deux pays. Pour les Coréens, ces îlots sont appelés Tokto ou Dokdo, tandis que le Japon les nomme Takeshima. Le terme « rochers Liancourt » est quant à lui choisi par la société internationale qui ne veut pas utiliser une des deux appellations, ce qui serait prendre parti pour l’un ou l’autre des pays. Le nom occidental de « rochers Liancourt » fait référence au baleinier français Le Liancourt qui, parti du Havre, « découvrit » l’archipel le 27 janvier 1849.

Selon Wikipedia:
Les rochers Liancourt sont principalement constitués de deux îlots rocheux et escarpés, distant de 150 mètres (Seodo et Dongdo en coréen, Nishi-jima et Higashi-jima en japonais, signifiants dans les deux langues île occidentale et île orientale). L’îlot occidental est le plus grand des deux. Ils sont entourés d’environ 90 îlots ou récifs, des rochers volcaniques datant du Cénozoïque. 37 de ces îlots sont considérés comme des terres permanentes.

Mais quel est l’enjeu de l’approbation de ces îlots insignifiants à cause de leur petite taille (de huit et douze hectares pour les deux plus gros) ? Tout d’abord il y a un enjeu territorial. Cela permet d’accroître son influence sur cette zone située pile entre les deux pays. Au-delà du symbole politique, les îles représentent aussi désormais un enjeu économique et commercial de taille, source de litiges quant à la délimitation des zones économiques exclusives, déterminante pour la pêche et la prospection sous-marine : douze millions de tonnes de poissons y étaient pêchés en 1985, avant les accords de 1998 et de 2002 entre les deux pays y limitant la pêche.

 

Pêcheurs photographiés sur les rochers Liancourt en 1935.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rochers_Liancourt#/media/File:FISHERMAN.jpg

 

Le journaliste James Brook remarque dans son article (« A desolate rock – and a focus of Korean pride », The New York Times,‎ 6 mai 2005)

« Une grande part de la colère de la Corée du Sud vient de la connaissance du fait que, en 1905, les Dokdo ont été la première parcelle du territoire coréen à avoir été annexée par le Japon. En cinq ans, le Japon avait colonisé l’ensemble de la péninsule. Les Dokdo « sont le premier territoire coréen à avoir été perdu au profit du Japon quand la nation a été dépouillée de sa souveraineté », a déclaré le Conseil national de sécurité coréen le mois dernier. « Ce n’est pas seulement une question territoriale, mais rien d’autre qu’un déni de l’histoire de notre libération nationale, de même qu’une justification de l’agression. » »

Depuis 1905, le Japon colonisait tout le territoire coréen, et donc ces îles. Or, en 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la communauté internationale décide que la Corée redevient un territoire indépendant. L’article 2 du traité de San Francisco, signé en 1951, atteste que le Japon renonce à tous ses droits et revendications sur la Corée. Les frontières du Japon sont redéfinies, mais certaines zones géographiques sont laissées dans le flou. C’est le cas notamment des rochers Liancourt d’où les nombreuses tensions actuelles pour la revendication de ces terres.

En dehors des enjeux économique et territoriaux cité auparavant il y a une nouvelle fois cette question de rivalité. Certes, cet archipel au niveau économique peut rapporter de l’argent mais il s’agit également de montrer sa force. C’est-à-dire que le Japon ou la Corée du Sud veulent dominer symboliquement les rochers Liancourt pour montrer à l’autre qui est le plus puissant et le plus influent des deux.

 

Vidéo de Sud-Coréens devant l’ambassade du Japon à Séoul, déchirant des livres scolaires japonais pour dénoncer une vision erronée de l’Histoire:

 

Vidéo réalisée par le Ministère des Affaires étrangères de la République de Corée:

 

Vidéo d’un site coréen pro-Dodko, qui inclut et dénonce une vidéo du gouvernement japonais destinée aux écoles primaires japonaises.

 

 

Conclusion

Pour conclure on peut donc voir que les problèmes relationnels entre les deux pays ne sont pas négligeables. C’est notamment dû au fait que les Japonais ont colonisé la Corée du Sud, pillé, exploité économiquement, perpétré des massacres et forcé des femmes à se prostituer. Cela est resté ancré dans la mémoire des Coréens qui ne pourront sans doute pas, dans les années à venir, oublier cette période noire de leur histoire. Il suffirait que le Japon présente ses excuses pour apaiser les tensions, or il semble de nos jours peu probables que cela ait lieu puisque Shinzo Abe, premier ministre du Japon pense que le Japon doit cesser de s’excuser. Au final, le Japon est le principal fautif de ces tensions de par ses actes et ses réactions immatures de la part d’un pays de cette notoriété-là. Ces deux pays sont victimes des erreurs du passé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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