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Israël-Palestine, la fin de la solution à deux Etats?

le dimanche 19 mars 2017 dans Articles d'élèves, Espace, Géopolitique, Photographie, Société | 0 commentaire

Le conflit israélo-palestinien dure depuis plus de 70 ans et cela fait cette année 50 ans, depuis la Guerre de Six Jours, qu’Israël occupe la Palestine. Il y a 23 ans, les accords d’Oslo ont été signés, soit le premier traité de paix diplomatique basé sur la solution à deux Etats, un Etat israélien et un Etat palestinien. Cependant malgré les négociations qui ont suivi, cette solution est au point mort. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump semble avoir compliqué la situation, alors que la position officielle de la plupart des gouvernements reste la solution de deux Etats.

 

Historique

Rappelons très brièvement les étapes principales du conflit israélo-palestinien avec Le Monde diplomatique:

Après la seconde guerre mondiale, alors que l’opinion occidentale découvre l’horreur des camps et le génocide, les bouleversements des rapports de forces internationaux aboutissent au partage de la Palestine. Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 181 qui prévoit un État juif sur 56 % de la terre de Palestine et un État arabe sur les 44 % restants. Le 14 mai 1948, jour de la « déclaration d’indépendance » d’Israël, les forces juives ont déjà expulsé près de quatre cent mille Palestiniens du territoire prévu pour l’État juif et occupent la majorité de ses villes arabes. Quelque 415 villages palestiniens seront détruits ou deviendront des villages israéliens. Pour les Palestiniens, c’est la Nakba, la « catastrophe ».
A l’issue de la guerre de 1967, Israël occupe toute la Palestine. Créée en 1964, l’Organisation de libération de la Palestine gagne son indépendance. M. Yasser Arafat en devient en 1969 le président jusqu’à sa mort en 2004 et la résistance va peu à peu s’engager dans la voie de la revendication d’un Etat palestinien indépendant, à côté d’Israël. L’OLP devient incontournable.
Avec la première Intifada (1987-1993), la résistance palestinienne se recentre sur le territoire occupé. La première négociation israélo-arabe (entamée en 1991 à Madrid) et israélo-palestinienne permet une reconnaissance réciproque, mais dissymétrique, entre l’Etat d’Israël et l’OLP. L’échec de la négociation de Camp David (juillet 2000), de même que le doublement du nombre de colons durant la négociation, aboutissent à la Seconde Intifada (2000). Se succèdent alors plusieurs offensives israéliennes, la construction d’un mur d’annexion, la victoire électorale du Hamas aux élections législatives de 2006, puis l’offensive israélienne de la bande de Gaza durant l’hiver 2008-2009, territoire toujours assiégé depuis.

La seconde Intifada

La colonie juive de Givat Zeev, près de Jérusalem, en Cisjordanie, le 17 octobre 2013. Photo Baz Ratner. Reuters

 

Qu’est-ce que la solution à deux Etats ?

Il s’agit de créer deux Etats indépendants, Israël et la Palestine. La difficulté est de savoir comment partager le territoire. Les Palestiniens veulent récupérer les parties occupées par Israël (les territoires occupés et les colonies) alors que les Israéliens refusent le plan de partage de l’ONU de 1947 et s’accrochent à leurs colonies.

Le Monde note:

Un tel Etat pourrait se faire sur la base des frontières antérieures à la guerre des Six-Jours de juin 1967 à l’issue de laquelle a commencé l’occupation israélienne de la Cisjordanie. Mais la question des frontières est un premier point d’achoppement, M. Nétanyahou ayant déjà dit, en 2011, qu’« Israël ne peut retourner aux frontières indéfendables de 1967 ». Plus de vingt-trois ans après les accords d’Oslo, « nous sommes plus éloignés que jamais de leurs objectifs », rappelait, en septembre 2016, le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Ban Ki-moon. « La solution à deux Etats risque d’être remplacée par une réalité à un Etat, faite de violence perpétuelle et d’occupation».

Où en est la solution à deux Etats ?

D’après le même journal (Le Monde, 25 novembre 2016), selon le dernier sondage effectué en août 2016, plus de 59% des Israéliens ainsi que plus de 51% des Palestiniens seraient favorable à une solution diplomatique à deux Etat. Malgré son intérêt et ses défenseurs, cette solution est fortement menacée. En partie à cause de la difficulté de sa mise en œuvre par rapport à la fragmentation des territoires palestiniens. Dessiner la carte et les frontières pour avoir deux Etats distincts s’avèrerait extrêmement difficile.

Le rapport du Quartet – qui regroupe l’ONU, l’Union européenne, les Etats-Unis et la Russie – publié en juillet 2016 n’a pas utilisé l’expression « annexion de facto ». Mais c’est exactement ce qu’il décrit. « La zone C [sous le contrôle exclusif de l’armée israélienne]comprend 60 % de la Cisjordanie et inclut la majorité des terres agricoles, des ressources naturelles et des réserves de terres. Près de 70 % de la zone C ont été pris de façon unilatérale pour utilisation exclusive par les Israéliens, essentiellement par leur inclusion dans les limites des conseils locaux et régionaux des colonies ou leur désignation comme “terres d’Etat”. » Ce chiffre, reconnu pour la première fois noir sur blanc, montre le grignotage israélien constant, en toute impunité. La volonté actuelle des députés de la majorité de faire passer à la Knesset un texte sans précédent, blanchissant la centaine d’avant-postes en Cisjordanie – illégaux même au regard de la loi israélienne – donne une idée des priorités.

Les cartes ci-dessous accompagnant l’article montrent les enjeux liés à la colonisation israélienne:

 

Quelles sont les alternatives ?

Il y a donc d’autres solutions proposées pour cette guerre inextricable entre Israël et la Palestine mais qui n’ont pas été reconnues. Notamment la création d’une confédération entre Israël et la Palestine, voire même avec la Jordanie, sur le modèle de l’Union européenne.

Omar Shaban, un des analystes les plus respecté de Gaza, est désillusionné: « L’espace est trop petit pour deux Etats. On ne peut pas tracer une frontière. Regardez le réseau des transports, des eaux usagées : tout est imbriqué. Si j’ai tous les droits que me donne un Etat sans un Etat, ça me va. Il faut trouver une formule, peut-être une confédération. Nous ne travaillons pas assez intellectuellement sur cette question. Personne ne propose d’alternative alors que la solution à deux Etats disparaît ! »

 

La position des Etats-Unis à l’heure Trump

Depuis son arrivée à la présidence le président Trump n’a pas aidé la situation israélo-palestinienne comme il s’y était engagé. Au contraire, ses déclarations éloignent la solution à deux Etats.

23 décembre 2016 :  l’administration Obama envoie un message au gouvernement israélien en ne s’opposant pas à une résolution de l’ONU condamnant les colonies.

15 février 2017: Il  déclare lors d’une conférence de presse avec le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, en visite à la Maison Blanche:

« Je regarde [la solution à] deux Etats, [à] un Etat, et si Israël et les Palestiniens sont contents, je suis content avec ce qu’ils préfèrent.»

https://www.rts.ch/info/monde/8392209-la-solution-a-deux-etats-au-proche-orient-n-est-pas-la-seule-pour-donald-trump.html

 

16 février 2017 : toutefois, un jour après, l’ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations unies, Nikki Haley, déclare que Washington est totalement favorable à la solution à deux Etats, en totale contradiction avec les propos de Trump. Il semblerait que Donald Trump ne connaît pas suffisamment le dossier et que ses propositions risquent au contraire d’aggraver la situation.

 

Pourquoi la déclaration de Trump est-elle importante ?

Cette déclaration n’a pas retenu suffisamment l’attention internationale. Elle marque pourtant un changement radical de la politique proche-orientale des Etats-Unis.

La solution à deux Etats est au centre de la position américaine et de celle de la communauté internationale depuis plusieurs décennies dans le règlement du conflit israélo-palestinien. Les trois précédents présidents américains la privilégiaient. S’il maintient sa position, Donald Trump […] isolerait ainsi les Etats-Unis de leurs alliés arabes et occidentaux, majoritairement en faveur de cette solution. Un revirement de la présidence américaine sur cet aspect provoquerait sans doute la colère du monde musulman, notamment de pays qui soutiennent Washington dans son combat contre l’organisation terroriste Etat islamique. [Le Monde]

 

Malgré les difficultés pour trouver une solution est-il possible que les deux peuples puissent faire des compromis pour la paix?

 

Un reportage récent d’Enquête exclusive sur Jérusalem veut montrer la violence dans la ville sainte:

C’est la ville la plus explosive de la planète : Jérusalem. Depuis l’année dernière, la ville sainte connaît un regain de violences entre Juifs et Musulmans. « L’intifada des couteaux» a déjà fait plus de 30 morts côté israélien, 200 côté palestinien. Et dans les deux camps, les extrémistes gagnent chaque jour du terrain. […] Agressions au couteau, assassinats en pleine rue, provocations systématiques… La ville sainte est au bord du chaos. Pour éviter de vivre la peur au ventre, certains Juifs ont décidé d’apprendre à se défendre.

L’émission de M6 porte le conflit en dehors d’Israël en provoquant des réactions de téléspectateurs:

Le sensationnalisme d’Enquête Exclusive sur M6 falsifie l’Histoire et attise la haine. Si la structure du reportage peut créer l’illusion de l’équilibre, le ton des commentaires, le choix des contenus et les erreurs factuelles en font un document biaisé et totalement à charge contre Israël.

Le conflit semble loin d’être terminé.

Une solution, artistique celle-ci, a été proposée sous forme d’un Etat-gratte-ciel pour la Palestine…

 

Un projet artistique

Le projet Nation Estate de Larissa Sansour regroupe un court-métrage de 9 minutes et une série de sept photomontages et une affiche autour de l’idée d’un Etat palestinien fictif installé en hauteur dans une tour géante sur le modèle des gratte-ciel américains.

La photographe avait été sélectionnée pour le Prix Elysée Lacoste 2011. Elle avait reçu 4.000 euros pour produire des oeuvres autour du thème de «La Joie de Vivre». Le projet Nation Estate n’a pas plu chez le sponsor Lacoste: mi-décembre, la marque aurait demandé la mise à l’écart de l’artiste, jugeant son travail « exagérement propalestinien», rapporte La Liberté. Mais le musée de Lausanne n’a pas accepté la décision, et a tout simplement décidé d’annuler le Prix Elysée cette année. Lacoste a réagi en disant ne pas avoir « eu l’impression que le travail de l’artiste ne s’inscrivait pas dans le thème La joie de vivre. » [http://next.liberation.fr/arts/2011/12/23/larissa-sansour-trop-palestinienne-pour-lacoste_783863]

 

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