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Ils m’appellent Chinois

le dimanche 11 septembre 2016 dans Société | 0 commentaire

Les Inrocks et L’Obs de cette semaine mettent en avant les agressions dont est victime la communauté chinoise de la région parisienne et en particulier à Aubervilliers. Entre  15’500 et 50’000 manifestants exaspérés ont défilé dimanche 4 septembre pour protester du peu d’intérêt des autorités à intervenir contre ces violences et pour rappeler le meurtre de « Chaolin Zhang, couturier chinois et père de famille de 49 ans, agressé mortellement à Aubervilliers pour quelques bonbons et un paquet de cigarettes. »

Hua Qin Cao ouvre d’épais classeurs comme autant de preuves : des centaines de photos de visages contusionnés, de bras plâtrés, de plaies ouvertes, de victimes au sol… En bas, il a noté, en chinois, les dates de chacune de ces agressions. “Dimanche 27 décembre 2015, c’est un couple qui a été tabassé”, dit-il en montrant une photo sur la première page. Il faut en tourner onze pour arriver au dimanche suivant. “Onze blessés, en une semaine, dans la seule ville d’Aubervilliers, vous vous rendez-compte !?”
Plus de cent plaintes ont été déposées entre janvier et la mi-août selon la préfecture de Seine-Saint-Denis. C’est trois fois plus que l’année précédente sur la même période. La peur a poussé la communauté chinoise d’Aubervilliers à alerter, à plusieurs reprises, les autorités locales. “Mais rien n’a été fait, explique Rui Wang, président de l’Association des jeunes Chinois de France. En privé, les politiques ont poussé la communauté chinoise à s’organiser elle-même.”

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Un groupe d’autodéfense de l’Association de l’amitié chinoise présidée par Hua Qin Cao (au centre, en blanc) © Rémy Artiges pour Les Inrockuptibles

Au début de l’année, l’Association de l’amitié chinoise en France est devenue le QG d’une patrouille d’autodéfense. Dans les locaux, des groupes d’hommes vont et viennent jusque tard dans la nuit, leur téléphone toujours en main. Hua Qin Cao a initié plusieurs conversations sur WeChat, le WhatsApp chinois. “Entre 3’000 et 4’000 Chinois, à Aubervilliers et dans les villes voisines, sont désormais connectés à ce réseau”, explique le militant. Des citoyens alertent au moindre mouvement suspect, parfois en temps réel. […]

Avant de mourir, Chaolin Zhang est resté cinq jours dans le coma. A son chevet, la belle-fille de ce père de deux enfants parle de racisme. “Celui qu’on subit à l’école sans rien dire, les moqueries lancées dans la rue en rigolant, tous les préjugés qu’il y a sur nous… ce racisme latent se transforme en racisme violent.” L’instruction n’a, pour l’instant, pas retenu le mobile raciste. Mais la défense tente de prouver l’inverse.

“Les agresseurs présumés de Chaolin Zhang, âgés de 15, 16 et 19 ans, interpellés après les faits, pensaient que la victime, parce qu’elle était chinoise, avait du cash sur elle. Et on pense aussi, en général, que les Chinois ne porteront pas plainte”, explique l’avocat de la famille endeuillée, maître Calvin Job. […]
“Il y a cette vision d’une communauté chinoise silencieuse, sans papiers, qui ne va pas voir la police, analyse Richard Beraha, spécialiste de la diaspora chinoise en France. C’était une réalité au début des années 2000. La communauté de Belleville a vécu un véritable enfer. Cela l’est beaucoup moins aujourd’hui.”

“Cette mobilisation, c’est bien, mais évidemment cela ne suffira pas”, estime le rappeur Lee Djane, qui s’est fait connaître avec son titre Ils m’appellent Chinois où il dénonce le racisme anti-asiatique. “J’parle de ceux qui m’appellent Tching Tchang pour soi-disant rigoler”, rappe-t-il. Il était descendu dans la rue en 2011, à Belleville, suite à des violences contre des Asiatiques, mais dimanche, il est resté chez lui. Il n’y croit pas. […]

Le FN s’est engouffré dans la brèche. “Nos compatriotes chinois sont contraints de travailler la peur au ventre sans que cela n’inquiète outre mesure ces sacro-saintes associations antiracistes sans doute trop occupées sur les plages françaises à défendre le burkini”, a réagi, le 22 août, Jordan Bardella, conseiller régional FN, réactivant le discours du “bon immigré” contre le “mauvais immigré”. Son speech a été filmé au cœur du “Sentier chinois”, à Aubervilliers, où la communauté a construit l’une des success story du 93. Rue de la Haie-Coq, l’activité est en plein essor (1600 entreprises se sont installées en dix ans, et génèrent de 6’000 à 8’000 emplois).
“Cela profite seulement aux Chinois”, dit un habitant qui préfère rester anonyme. “Certaines entreprises embauchent au niveau local, rectifie Richard Beraha. Mais ce contexte de peur freine cette ouverture. Ce business attire surtout des Chinois venus tenter leur chance en France comme des jeunes Français partiraient aujourd’hui aux Etats-Unis.” Une intégration réussie, même si certains déchantent. Wansheng est arrivé il y a cinq ans pour monter son affaire. “Je me suis fait agresser une fois par an.” Aujourd’hui, il rêve de “retourner en Chine”.

Floriane Louison, « Contre les agressions, la communauté chinoise s’organise », Les Inrockuptibles.

 

Sans vouloir comparer l’incomparable et céder à la tentation de l’amalgame, l’arrivée de Noirs en Chine pose la question du racisme chinois envers une communauté dont ils ignorent à peu près tout.

Le site Slate.fr a publié un article en mai de cette année présentant une pub pour la lessive Qiaobi qui transforme un Noir en asiatique après lavage.

 

Le racisme envers les noirs en Chine n’est pas rare, note Shangaiist. Cette autre vidéo de la chaîne YouTube TMD Shangaï résume en effet ce à quoi les Noirs peuvent être confrontés dans le pays.

Fabrice d’Almeida, professeur et directeur du master 2 Médias et mondialisation à l’université Panthéon-Assas, explique sur Le Huffington Post que le pays a connu plusieurs «crises racistes» avec l’immigration de populations du Sénégal, de Côte d’Ivoire, de République du Congo.

Mais cette publicité raciste n’est pas propre à la Chine. Car elle est en fait une adaptation très fidèle d’une publicité italienne, raciste aussi. À la différence que la version italienne remplace un Italien par un Noir au corps musclé, et non l’inverse.

 

Dans un autre domaine, lorsque l’affiche chinoise de Star Wars, épisode VII a été rendue publique et qu’elle ne comportait pas l’acteur John Boyega, les fans y ont vu une autre expression de ce racisme chinois accru envers les Noirs.

 

 

 

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