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Fort Lauderdale: une fusillade de plus? un énième appel à la raison concernant la législation sur les armes?

le mercredi 29 mars 2017 dans Articles d'élèves, Risques, Société | 0 commentaire

Un article de Lirim et Colin

D’après un article du journal Le Monde du 6 janvier 2017 : « Ce que l’on sait de la fusillade à l’aéroport de Fort Lauderdale en Floride »


Un homme âgé de 26 ans, Esteban Santiago, ancien soldat déployé en Irak, ouvre le feu à l’aéroport de Fort Lauderdale en Floride. Cet acte rouvre le débat concernant les armes et leur transport aux Etats-Unis.


Photo prise devant l’aéroport de Fort Lauderdale. Source : Joe Raedle/AFP

 

L’aéroport de Fort Lauderdale se situe au nord de Miami dans l’Etat de Floride. Aux Etats-Unis il est autorisé de voyager avec une arme à feu sous certaines conditions. Le voyageur n’a pas le droit d’avoir une arme en cabine, seulement en soute et celle-ci doit être déchargée. L’arme doit être placée dans un bagage verrouillé et déclaré aux autorités compétentes afin d’assurer la sécurité.

 

Joe Raedle, « Fusillade meurtrière : réouverture de l’aéroport de Fort Lauderdale », Agence France Presse, 7 janvier 2017.

L’article de l’AFP nous parle d’une fusillade survenue le 6 janvier 2017 qui a fait 5 morts et blessé 8 personnes. L’auteur des faits, Esteban Santiago, ancien soldat américain qui a quitté l’armée en août 2016, ouvre le feu sur la foule abattant ses cibles sans aucune raison apparente. Les premiers tirs ont retenti vers 13h (18h GMT) selon un témoin, John Schlicher. Après avoir vidé son chargeur, l’américain de 26 ans n’a pas cherché à fuir et à simplement déposé son arme. Il était particulièrement calme. Son arrestation s’est elle aussi déroulée dans le calme, aucune balle n’a été tirée par la police. Son arme était en règle et tout était déclaré. Le jeune homme venant d’arriver d’un vol en provenance de l’Alaska avec une escale à Minneapolis. L’aéroport a fermé ses portes jusqu’au samedi 7 janvier 5h (11h GMT).

 

Cependant il y a des zones d’ombres quant à la santé mentale du tireur et les liens avec un acte terroriste. Le 7 novembre, il s’est rendu dans un bureau du FBI à Anchorage (Alaska) et a déclaré avoir été forcé à travailler pour le groupe État islamique, selon la chaine de télévision CBS. Le même mois, la police a saisi une arme lui appartenant avant de la lui remettre le mois suivant après qu’une évaluation aie conclu qu’il ne souffrait d’aucune maladie mentale. Des témoignages de ses proches ainsi que de policiers indiquent de probables troubles mentaux, apparement apparus après le retour de son affectation en Iraq en février 2011. Ces troubles pourraient provenir de traumatismes vécus lors de ses différentes affectations en tant que membre de la garde nationale.

 

Esteban Santiago, un vétéran modèle

Esteban Santiago est né dans le New Jersey en 1990. Depuis 2008, il est assigné à differents postes dans l’armée. En avril 2010 il est déployé en Irak pour combattre le terrorisme. Il rentre en février 2011. Marqué par la guerre, ses proches affirment un net changement de son comportement. Son frère confiera à la chaîne NBC qu’il est un homme “ pro-Amérique “. Une de ses tantes, Maria Luisa Ruiz, ajoute sur le site NorthJersey.com qu’il est devenu père d’un petit garçon en septembre 2016. Enfin, elle affirme qu’il souffre des troubles mentaux. En novembre 2016, suite à sa visite au FBI à Anchorage, il est hospitalisé en psychiatrie. Il aurait mentionné avoir été forcé à servir l’EI, aurait été manipulé par la CIA qui l’aurait forcé à regarder des vidéos de jihadistes. De plus, l’homme a été auteur de violences domestiques envers sa femme en janvier 2016. Il a vécu à Anchorage de 2014 jusqu’au moment des faits.

source: https://www.documentcloud.org/documents/3254582-Private-First-Class-Esteban-Santiago-s-service.html

Esteban Santiago pris en photo par le Sheriff du comté de Broward.

Comment est-il possible qu’un événement pareil puisse se produire dans un pays aussi développé et règlementé que les Etats-Unis ?

Le port d’arme aux Etats-Unis existe depuis le 15 décembre 1791, suite à la mise en œuvre du second amendement qui garantit aux Américains le droit de posséder une arme. Depuis ce jour ce droit a été mis sur papier, cependant il existait bien avant dans les mœurs des colons. Un colon arrivant sur cette terre nouvelle se devait de posséder une arme afin de se protéger des Indiens qui défendaient leur territoire. Aujourd’hui dans certaines zones rurales, la chasse et les armes à feu occupent une place importante dans les traditions familiales. La France compte 0,07 arme par habitant contre plus d’une arme par habitant aux Etats-Unis.

Cependant la situation n’est pas si simple. Comme le fait remarquer Didier Combeau, chercheur au Centre d’études urbaines dans le monde anglophone à l’université Paris IV-Sorbonne et auteur de Des Américains et des armes à feu. Démocratie et violence aux États-Unis (Belin, 2007):

Il faut comprendre que le droit de porter une arme est un droit constitutionnel régi par le deuxième amendement de la Constitution, en vertu duquel « une milice bien administrée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit du peuple [people] de détenir et de porter des armes ne sera pas entravé« . Par milice, il faut entendre armée de conscription. Au XVIIIe siècle, les gens l’intégraient en amenant leur arme. Or, pour que chaque État puisse se doter d’une armée, il fallait autoriser l’ensemble de la population à en posséder une. En 1968, l’adoption du Gun Control Act a lancé le débat sur le sens à donner au terme people. Pour les partisans du port d’armes, people signifie citoyen, donc c’est un droit individuel et inaliénable, puisque garanti par cet amendement. Pour les partisans du contrôle, people signifie peuple : le droit de port d’armes est collectif et, de fait, anachronique, puisque les milices n’existent plus. Le débat est resté dans un flou constitutionnel jusqu’en 2008 : la Cour suprême a alors rendu deux arrêts Heller et McDonald, qui ont confirmé la théorie du droit individuel. […]
Les partisans sont ensuite positionnés sur le plan philosophique, en défendant l’idée que le deuxième amendement relève de la volonté des Pères fondateurs, qu’il est de l’essence même de l’identité américaine : porter une arme, c’est être américain. Face à cet argument indiscutable, les défenseurs du contrôle ont déplacé le débat sur le terrain de la santé publique. Mais les statistiques sont sujettes à interprétation. Pour les uns, s’il y a autant de morts, c’est à cause des armes ; pour les autres, il faut justement plus d’armes pour éviter ces morts.

Il faut savoir que chaque Etat a ses propres lois concernant le port d’arme et peut décider s’il est nécessaire d’avoir un permis pour en posséder une. On distingue quatre différentes législations selon les Etats :

1 : Il n’y a aucune condition à remplir pour porter une arme, le deuxième amendement garantissant ce droit.

 

2 : Les Etats « Shall Issue » : exemple Floride ou Géorgie

3 : Les Etats « May Issue » : exemple Californie ou New York

Ici le permis est délivré par l’autorité locale et les critères apparaissant dans les « Shall Issue » doivent être également remplis. De plus le demandeur doit fournir un motif valable.

4 : Les Etats « No Issue » : exemple Illinois et District of Columbia

Très peu de permis sont délivrés dans ces Etats c’est pourquoi ils sont considérés comme « No Issue ». Certains districts de New York sont mêmes considérés comme « No Issue » car très peu de permis y sont délivrés.

On remarque alors qu’un permis délivré dans un Etat peut ne pas être reconnu dans un autre, ce qui remet en question le droit de pouvoir transporter son arme d’Etat en Etat. Certaines de ces règlementations vont à l’encontre du deuxième amendement. A l’instar du cannabis les lois des Etats finissent par surpasser les lois fédérales.

Ainsi dans le cas de Santiago Esteban, en prenant compte de la carte et des éléments ci-dessus, on observe que certaines conditions au port d’armes n’étaient pas respectées : en effet Fort Lauderdale se trouve en Floride et est donc un Etat « Shall Issue ». Bien qu’âgé de plus de 21 ans, il ne résidait pas en Floride. Concernant les autres éléments, il est difficile de les vérifier mais étant donné qu’une des conditions n’est pas remplie, il n’avait pas le droit à une arme en Floride. De plus, ayant été admis dans un hopital psychiatrique en novembre, sa santé mentale ne lui permettait pas de posséder une arme.

Enfin, cet incident s’ajoute à la liste déjà longue d’événement de ce type et continue d’alimenter le débat concernant le deuxième amendement. Il ne serait pas utopique de voir un jour celui-ci annulé par un autre amendement comme cela a été le cas pour l’alcool (le 21e a annulé le 18e amendement).

 

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