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Décrets anti-immigration: les juges fédéraux contre Donald Trump

le samedi 18 mars 2017 dans Articles d'élèves, Géopolitique, Société | 0 commentaire

Un article de Noah et Reda

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a signé un décret anti-immigration le 27 janvier 2017.

Ce décret interdit pendant 90 jours l’entrée aux personnes originaires de 7 pays à majorité musulmane que sont l’Iran, l’Iraq, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Syrie et le Yémen. Il supprime aussi l’admission de réfugiés aux Etats-Unis pendant 120 jours et l’admission de réfugiés syriens pendant une durée indéfinie.

Ce décret a provoqué beaucoup de tensions et de manifestations aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, mais Donald Trump a continué à s’en tenir à son décret en disant qu’il aiderait à garder les « terroristes » en dehors des Etats-Unis. Selon une analyse du Cato Institute, institut pourtant libertarien et proche des Républicains, il n’y a eu de 1975 à 2015 aucun acte terroriste sur le sol américain qui fût commis par un immigrant d’un des 7 pays bannis alors que des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte ou la Turquie ne sont pas exclus alors que des citoyens de ces pays ont commis des actes terroristes aux Etats-Unis. De plus, ce sont des pays avec lesquels Donald Trump est en affaires.

https://www.bloomberg.com/graphics/2017-trump-immigration-ban-conflict-of-interest/img/2017-trump-immigration-ban-conflict-of-interest_facebook.png?v=1

 

En 2015, les immigrés de ces 7 pays totalisaient plus de 820’000 immigrés aux Etats-Unis, le plus grand nombre venant d’Iran, soit 394’223 immigrants. Sur les 4 à 5 millions d’Iraniens dans la diaspora, les résidents d’ascendance iranienne sont estimés entre 450’000 et 1 à 2 millions de personnes. Les immigrants iraniens se caractérisent d’ailleurs par  une éducation et une expérience professionnelle élevée, avec 50,9% d’entre eux qui possèdent au moins un bachelor. Selon la SBA (Small Business Administration), les immigrants iraniens faisaient partie des 20 groupes d’immigrants avec le plus grand pourcentage d’entrepreneurs. De plus, un tiers des Iraniens gagnent plus de 100’000 dollars par an.

La mise en application du décret a immédiatement causé des problèmes et une grande confusion. Comme le rapporte Le Monde:

La situation s’est compliquée lorsqu’il est apparu que les détenteurs de titres de séjour légaux, temporaires comme permanents, étaient également concernés par l’interdiction, vite considérée comme antimusulmane. Dans un premier temps, M. Trump avait minimisé la confusion. « Tout marche très bien », avait-il assuré après avoir signé de nouveaux décrets présidentiels. « Nous étions totalement préparés. On le voit dans les aéroports, on le voit partout », ajoutait le président contre toute évidence. […]
Les conseillers de la Maison Blanche ont défendu une lecture stricte du décret en assurant que le sort des détenteurs de permis de séjour légaux se trouvant à l’étranger serait examiné « au cas par cas ». Selon les associations opposées à ce texte, un demi-million de résidents étaient concernés.
Cette ligne dure a été fragilisée par les décisions de juges fédérales de l’Etat de New York, de Virginie et du Massachusetts d’autoriser l’entrée de personnes disposant de titre de séjour en règle mais bloquées dans les aéroports américains. Elles avaient été saisies par des organisations de défense des droits des citoyens.

Ce décret a aussi eu des conséquences énormes pour les entreprises américaines. En réponse au décret, plus de 97 entreprises, dont Apple, Facebook, Google, Spotify, Twitter, Netflix, Airbnb, Levi’s et bien d’autres, ont déposé une requête en justice:

The experience and energy of people who come to our country to seek a better life for themselves and their children -to pursue the ‘’American Dream’’- are woven throughout the social, political, and economic fabric of the Nation. For decades, stable U.S. immigration policy has embodied the principles that we are a people descended from immigrants, that we welcome new immigrants, and that we provide a home for refugees seeking protection.

Google a créé un fond de crise de 3,2 millions de dollars pour ses employés qui seraient concernés, Airbnb offrira des logements aux réfugiés et Starbucks emploiera plus de 100’000 réfugiés sur les 5 prochaines années. Plus qu’une conscience humanitaire, l’initiative veut préserver l’emploi des étrangers et accuse le président américain « d’infliger des dommages importants au commerce américain, à l’innovation et à la croissance » du secteur des affaires.
Finalement, le décret a été bloqué par la cour d’appel de San Francisco mais le 6 mars dernier, Donald Trump a signé un nouveau décret anti-immigration dans lequel les personnes sans passé judiciaire, les propriétaires de Green Card, les binationaux et les réfugiés syriens ne seraient plus bannis. L’Irak a été retiré de la liste sous la pression de Bagdad qui a utilisé sa lutte contre l’Etat islamique comme moyen de pression sur les Etats-Unis.

Cette deuxième version a été bloquée par un juge fédéral de Hawaï le mercredi 15 mars.

A quelques heures seulement de l’entrée en vigueur du nouveau texte, qui avait pourtant été allégé de ses éléments les plus contestés, le magistrat Derrick Watson a expliqué dans son jugement que la suspension temporaire du décret éviterait un « préjudice irréparable ».  Il précise dans son verdict que, bien que le décret ne mentionne pas explicitement l’islam, « un observateur raisonnable et objectif […] conclurait que l’ordre exécutif a été formulé dans le but de défavoriser une religion particulière ».
Tenant une réunion publique à Nashville, dans le Tennessee, le président a dénoncé la décision « erronée » d’une justice qui, selon lui, commet ainsi « un abus de pouvoir sans précédent ». Il a promis d’aller jusqu’à la Cour suprême. « Je pense que nous devrions revenir au premier [texte] et aller jusqu’au bout, c’est ce que je voulais faire dès le début », a-t-il ajouté. [D’après Le Monde]

 

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