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Le Dakota Access, un oléoduc sous la terre sacrée

le dimanche 29 janvier 2017 dans Articles d'élèves, Environnement, Risques, Société | 0 commentaire

Un article de Clélia et Aïda

 

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Aux Etats-Unis, le groupe Dakota Access est en train de construire un oléoduc souterrain de plus de 1’600 kilomètres traversant quatre Etats : le Dakota du Nord, le Dakota du Sud, l’Iowa et l’Illinois.

 

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Ce pipeline doit traverser le lac Oahe de la rivière Missouri et passer à environ un kilomètre d’une terre du peuple amérindien des Sioux et cela crée des tensions.

 

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Au départ, le pipeline devait passer le Lake Oahe au niveau de Bismarck (cf. carte 2) mais, à cause de risque de contamination de l’eau pour alimenter la ville, le tracé a été déplacé pour l’établir aux abords de la réserve amérindienne de Standing Rock. Les protestations de la part du peuple sioux ont été amplifiées par des activistes venus de tous les Etats-Unis et par d’autres tribus au nom du scandale écologique et social et des droits des peuples amérindiens à nouveau été bafoués et ignorés. Dakota Access se défend sur son site en disant que leur méthode est la plus sûre et la plus respectueuse de l’environnement pour transporter du pétrole brut jusqu’aux consommateurs américains. De plus, il souligne le fait que le Dakota Access Pipeline (DAPL) sera le plus sûr et le plus technologique du monde. Cette compagnie met aussi en avant le fait que ce projet de 3,8 milliards de dollars ne traverse en aucun cas la réserve. Elle rappelle ensuite qu’il y a déjà huit pipelines et une ligne à haute tension passant par ce lac.

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Schéma du DAPL présenté par Dakota Access sur son site avec la mise en avant des pipelines d’ors est déjà existants et de la ligne à haute tension.

 

En définitive, le groupe soutient qu’il a un grand respect pour la tribu sioux de Standing Rock et qu’il va continuer à travailler en collaboration avec leurs leaders et que les écologistes profitent de cette situation pour monter sur leurs grands chevaux sans prendre en compte l’avis de la tribu.

Pourtant, les Sioux vont tout de même manifester.

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« We are unarmed », « Nous ne sommes pas armés », bannière de la manifestation sur le site du Standing Rock.

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Des membres d’une tribu sioux juchés sur l’une des machines servant à construire l’oléoduc dans le Dakota du Nord, aux Etats-Unis, le 6 septembre 2016.

 

De fait, comment peut-on interpréter l’implication des Amérindiens vis-à-vis de la construction du DAPL ?

Un premier point que l’on peut aborder est celui de la culture amérindienne. Chaque tribu a ses propres histoires et légendes, ses particularités religieuses. Le peuple sioux pratique une forme d’animisme. Il s’agit d’une croyance selon laquelle tout l’univers et tous les objets dans l’univers ont une âme ou un esprit, c’est-à-dire que les âmes et les esprits n’existent pas uniquement dans les hommes, mais aussi dans les animaux, les plantes, les arbres, les pierres, toutes les forces de la nature et les phénomènes comme la pluie, le soleil ou la lune. La nature entière est vivante et tous les objets sont contrôlés par un esprit indépendant. Ils croient en des totems animaliers et des guides spirituels qui les aident et les guident et parfois, dans certains cas, les protègent. Leur culte prend aussi en compte des connections spirituelles ou une parenté avec des créatures ou des objets de la nature. [NATIVE AMERICAN CULTURE, Animism & Animists, https://www.warpaths2peacepipes.com/native-american-culture/animism.htm]

L’univers est régi par quatre esprits supérieurs : Inyan, le rocher (son sang a donné l’eau), Maka, la terre, Skan, le mouvement et Wi, le soleil, et l’unité de ces esprits est appelé Wakan Tanka, le Grand Mystère, plus communément appelé le Grand Esprit. Ainsi, l’on peut voir un fort lien entre les Sioux et la Nature. Pour eux, il faut la respecter. Toute chose, toute vie est sacrée. Cela peut être une des raisons du rassemblement. L’eau, comme mentionné précédemment, est le sang d’un des quatre esprits supérieurs, il faut donc la protéger, le préserver. [TRADITIONS SIOUX-LAKOTA | DAKOTA, http://www.traditionsiouxlakota.fr/418197010]

 

 

Cependant, il y a aussi un aspect purement pratique à soulever et il s’agit là du second point. En effet, la question de la contamination de l’eau s’était posée pour Bismarck, alors pourquoi ne se poserait-elle pas dans le cas de la réserve ? Il y a des risques de pollution importante des réserves au nord des Sioux et que le pipeline empiète sur des territoires sacrés :

« Nous ne sommes pas opposés à l’indépendance énergétique, nous ne sommes pas contre le développement économique. Notre problème est que les compagnies veulent tirer avantage de nos terres. Ce que nous vivons là se répète à l’infini », explique David Archambault, représentant des Sioux de Standing Rock.

 

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http://webdoc.rfi.fr/amerindiens-grande-guerre-1914-1918-canada/

Et cela ne risque pas de s’améliorer.

En maintenant leurs positions pendant tout le mois de décembre, malgré les risques d’évacuation, les opposants espèraient bloquer la construction de l’oléoduc jusqu’au 1er janvier. « Si cette date butoir est dépassée, une majorité des parties prenantes au projet, ayant des contrats pour transporter le pétrole dans ce pipeline, pourront les renégocier ou les annuler. Cela pourrait être dévastateur pour Energy Transfer Partners et les autres entreprises impliquées dans le DAPL», est-il expliqué sur un site regroupant toutes les actions organisées en opposition à l’oléoduc. Fin novembre, déjà deux investisseurs norvégiens avaient déclaré se retirer du projet. » [LIBERATION, Dakota du Nord : les activistes anti-pipeline de Standing Rock menacés d’évictionhttp://www.liberation.fr/planete/2016/12/04/dakota-du-nord-les-activistes-anti-pipeline-de-standing-rock-menaces-d-eviction]

En conclusion, on peut voir que le problème est loin d’être réglé et que les deux parties utilisent les mêmes arguments sans que l’on puisse savoir réellement qui a raison. Les Amérindiens ne sont pas réellement pris en compte et subissent des violences alors qu’ils ne cherchent qu’à protéger leurs terres, leur culture et leur eau. Reste à voir comment la situation va évoluer désormais.

 

Addenda de bloggeo, le 29 janvier 2017:

Suite à son élection, Donald Trump vient de réactiver le projet du DAPL qui avait finalement été gelé par Obama.

Il vient également d’autoriser la construction de Keystone XL, un autre oléoduc bien plus long (2.000 kilomètres) destiné à transporter du pétrole des sables bitumineux de l’Alberta au Canada vers le golfe du Mexique.

Le quotidien Les Echos note:

« Keystone XL, qui représente une capacité de 830.000 barils par jour, est censé relier des gisements d’hydrocarbures dans l’Alberta, au Canada, au réseau existant aux Etats-Unis, moyennant un investissement de 8 milliards de dollars par la société Transcanada. […] L’extraction [de ce pétrole] rejette trois fois plus de gaz à effet de serre que les hydrocarbures dits « conventionnels ». Fidèle à ses promesses de campagne, le président se conforme ainsi aux désirs du secteur pétrolier, en prenant le contre-pied des mesures environnementales de son prédécesseur : « Je me sens en grande partie écologiste. Mais nous sommes allés trop loin », a lancé Trump devant des groupes automobiles américains.
Mais les Américains y sont à plus de 60% favorables : beaucoup y voient le symbole de cette Amérique qui se réindustrialise et crée des emplois grâce au boom énergétique. Il n’est pourtant pas certain que le projet profite réellement aux Américains : « Cet oléoduc transporterait du pétrole canadien qui serait raffiné au Texas avant d’être exporté. Il n’est pas fait pour les Américains »,  défendait Barack Obama il y a quelques mois. Donald Trump promet de renégocier le contrat pour qu’il profite davantage au pays : « Les gars, on vous laisse construire l’oléoduc mais donnez-nous une part du gâteau », avait-il déclaré en mai. »

http://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/0211725471569-trump-ressuscite-deux-projets-doleoducs-hautement-controverses-2059722.php#SkEIzUyFhKHHkIyb.99

Le tracé des deux projets

Trump ressuscite deux projets d'oléoducs hautement controversés

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