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Le climato-scepticisme aux Etats-Unis

le samedi 18 mars 2017 dans Articles d'élèves, Environnement, Non classé, Risques, Société | 0 commentaire

Les Etats-Unis sont le deuxième plus grand émetteur de gaz carbonique juste derrière la Chine et devant l’Union européenne. Alors que les questions d’écologie et de climat sont parmi les plus discutées depuis deux décennies et que l’on pourrait croire que la majorité des personnes en réalisent l’importance, il existe toujours une minorité toutefois signifiante aux Etats-Unis qui propage des idées opposées. L’opinion publique américaine n’est de loin pas aussi tranchée qu’en Europe lorsqu’il s’agit de la question écologique. «Do you believe in climate change ?» est une question qui semble quasiment anachronique en Europe. Peut on réellement parler de “believe” lorsqu’il s’agit de faits scientifiques? D’après un sondage mené par C. Borick, B. Rabe et S. Mills de la Michigan University et du Muhlenberg College, entre 16 et 30% des Américains semblent bien penser ainsi.

Borick, Rabe, Mills, 2015 Acceptance of Global Warming Among Americans Reaches Highest Level Since 2008. http://closup.umich.edu/files/ieep-nsee-2015-fall-climate-belief.pdf

http://closup.umich.edu/files/ieep-nsee-2016-spring-climate-belief.pdf

(La question qui leur a été posée était “D’après ce que vous avez entendu et lu, y a-t-il des preuves solides que la température moyenne sur terre a augmenté durant les 4 dernières décennies?”)

On s’aperçoit que le pourcentage de sceptiques est sujet à variations cycliques au fil des années qui indique donc un changement de l’information transmise et de l’opinion publique. Il a continuellement baissé depuis le printemps 2014. Une telle baisse avait déjà été observée en automne 2012.

Les trois auteurs ont également établi une répartition de ce pourcentage par affiliation politique:

D’après l’étude, il apparaît clairement que les partisans républicains semblent représenter une plus large proportion des sceptiques. Cela s’inscrit dans la tendance générale d’un scepticisme scientifique plus large, lui aussi plus présent parmi cette tranche de la population.

Une idée plus largement répandue est l’idée d’un réchauffement climatique naturel, sans (ou peu) d’impact humain. Ce qu’il est important de préciser, c’est que ces sondages ne montrent que le scepticisme pur, à savoir la négation totale du réchauffement. (Rappel: la question posée était “D’après ce que vous avez entendu et lu, y a-t-il des preuves solides que la température moyenne sur terre a augmenté durant les 4 dernières décennies?”) Parmi les 70% actuellement non-sceptiques, il existe une portion qui nie tout le même l’impact de l’homme. Cette portion a cependant baissé continuellement au fil des dernières années, comme le montre une étude menée à Princeton par Gallup en Mars 2016. En effet, elle ne représente que 31% de la population:

Source: http://www.gallup.com/poll/190010/concern-global-warming-eight-year-high.aspx

 

Cela dit, si l’on observe cette tendance à plus large échelle, on s’aperçoit qu’aux USA le pourcentage de personnes qui considèrent pas le changement climatique comme résultat de l’activité humaine est bien plus élevé que le taux des sceptiques purs. Il est d’ailleurs plus élevé aux USA que dans tout autre pays inclus dans un sondage mené par Ipsos MORI:

Source: cité par The New York Times: www.nytimes.com/interactive/projects/cp/climate/2015-paris-climate-talks

 

Avec l’élection de Donald Trump en novembre 2016, le sujet du climato-scepticisme gagne encore en importance, puisque lui même, et une grande partie de son cabinet (même son ministre de l’environnement) en font partie. Plus précisément, ils font partie de ce courant plus large qui nie seulement la responsabilité de l’homme. C’est en effet ce que Trump explique dans une interview du Miami Herald le 12 Août 2016:

http://www.miamiherald.com/news/politics-government/election/donald-trump/article95161477.html

(la question du réchauffement climatique est abordée à 2min20)

“It goes up and down”, voilà l’explication hautement savante de l’actuel président élu des Etats-Unis.

Andrew P. Jones, co-directeur de Climate Interactive a établi pour ProPublica une simulation de l’impact que pourrait avoir une administration Trump sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030. Même en partant du principe que tous les pays dont l’impact climatique est important (Chine, UE, Inde, Russie, Japon) tiennent leurs accords, cet “effet Trump” ne représenterait que 2% à l’échelle mondiale. La question plus dangereuse est celle de l’impact indirect de Trump en tant que président.

 

30.12.16, http://www.climatechangenews.com/2016/12/30/trumps-climate-impact-could-be-vanishingly-small/

 

Le graphique ci-dessous représente les mesures possibles d’ici 2025 pour réduire les émissions en équivalent CO2. La ligne rouge montre les émissions sans changement (business as usual), la verte le scénario correspondant aux engagements la COP 21 de Paris: descendre à 5.5 Gt de gaz carbonique émis par an. L’administration Trump a déjà annoncé vouloir réduire certaines de ces mesures, notamment le Clean Power Plan d’Obama:

http://www.washingtonpost.com/news/energy-environment/wp/2017/02/20/trump-to-roll-back-obamas-climate-water-rules-through-executive-action/?utm_term=.40fd91a712a2

 

Abordons pour terminer le phénomène des réseaux sociaux dans la propagation de la désinformation scientifique. Dans une étude citée par Chelsea Harvey du Washington Post le 4 janvier 2016, les chercheurs ont analysé la façon dont circule la désinformation en ligne, et ont conclu que la démarche principale est le regroupement d’individus partageant les mêmes convictions dans des groupes qui se protègent à la fois d’information extérieure et renforcent la possibilité de propager leurs idées.

Source: Washington Post, 4.1.16, Here’s how scientific misinformation, such as climate doubt, spreads through social media citant The spreading of misinformation online, Quattrociocci, PNAS

En somme, on observe que le climato-scepticisme est toujours un discours largement répandu aux Etats-Unis, mais qu’il est également en baisse depuis quelques années. La question qu’il faut se poser maintenant c’est si les changements politiques récents auront un grand impact sur le domaine de l’écologie, que ce soit par des mesures concrètes ou une influence sur l’opinion publique.

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