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La Better Cotton Initiative améliore-t-elle efficacement les conditions de vie des producteurs de coton pakistanais ?

le samedi 1 avril 2017 dans Articles d'élèves, Environnement, Flux, Société | 0 commentaire

Un article de Ardit

 

Source : http://bettercotton.org/

 

La production de coton s’élève à environ 25 millions de tonnes par an. (voir aussi l’état du marché ici: http://www.oecd-ilibrary.org/docserver/download/5115021ec014.pdf?expires=1490972460&id=id&accname=guest&checksum=9FE4A4B08BAEC46F7058386848773E62). Sa culture requiert 5’263 litres d’eau par kilo pour son traitement et sa production ainsi que des produits chimiques, comme les pesticides. Cette production met en danger les sols et les terres s’ils sont exploités de manière trop intensives. les pesticides ne posent pas problème qu’aux sols puisqu’ils touchent aussi la santé des ouvriers agricoles ainsi que de la population en général. En effet, les riverains se trouvent contraints d’utiliser une eau polluée. La faune peut être aussi gravement touchée : espèces en voie de disparition, comme certains poissons qui ne se reproduisent plus.

De ce fait et afin de réduire les conséquences environnementales et sociales, le WWF a soutenu la fondation de la Better Cotton Initiative (BCI), créée en 2005. Son objectif principal est de réduire la consommation d’eau et de produits chimiques, mais elle permet aussi d’améliorer la vie et les moyens de subsistance des producteurs de coton. Je vais m’intéresser aux conditions des travailleurs pakistanais, car ce pays dépend énormément de la production de coton.

 

Le coton est vital pour l’économie du Pakistan. Il est le quatrième plus grand producteur mondial derrière les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Le coton et le textile à eux seuls représentent 55% des recettes du pays. Grâce à la BCI, les agriculteurs pakistanais ont réduit leur utilisation d’eau de 14%, des pesticides de 24% et des engrais chimiques de 17% sur plus de 128’000 hectares. Avec des rendements d’une augmentatant de 15 % et des profits jusqu’à 42 %.

Mais comment ces chiffres sont-ils possibles ? Le WWF et ses partenaires de l’industrie (H&M, IKEA, Adidas…) ont travaillé avec des scientifiques afin d’apporter leurs connaissances à des milliers de producteurs ; comme par exemple utiliser le moins d’eau possible et de pesticides, quelles nouvelles techniques adopter, etc. Cette initiative a permis d’améliorer les conditions des travailleurs de manière durable en les instruisant à de meilleures pratiques de gestion, comme irriguer uniquement les sillons des champs, mettre la matière organique dans les sols, appliquer des pesticides quand et seulement où c’est nécessaire, au lieu de pulvériser toute la culture (ce qui tue les insectes utiles à la production). Ainsi, tous ce genre de gestes ont contribué à une production plus efficace et moins dangereuse pour l’environnement et pour l’homme.

 

Cependant, ces efforts ne sont pas suffisants. La production de coton avec le label Better Cotton Initiative ne représente que 4% de la production mondiale. Ce pourcentage est insuffisant pour constater une réelle amélioration des conditions de vie des travailleurs. En effet, la condition de la grande majorité des employés reste très précaire ; neuf ouvriers sur dix n’ont pas de certificat de travail. Ils sont nourris et logés par leurs employeurs et gagnent un salaire en dessous du minimum vital pour des horaires pouvant aller jusqu’à treize heures de travail par jour et cela sept jours sur sept. De plus, depuis la crise économique de 2011, les exportations de coton ne cessent de régresser, ce qui laisse beaucoup d’ouvriers sans emploi et sans salaire.

D’un point de vue sanitaire, ces employés n’ont aucune mesure de sécurité contre les produits chimiques. Selon l’OMS, chaque année 1 million de personnes sont intoxiquées et 22’000 en meurent. Il existe pourtant des lois sur la condition des employés au Pakistan, mais celles-ci ne sont pas respectées. Les terres utilisées pour la production de coton pourraient servir à une agriculture locale avec des paysans indépendants qui contribueraient à une réelle amélioration de leur condition de vie. Mais cette production est seulement avantageuse pour les pays occidentaux qui délocalisent leur entreprise pour des coûts moindres et cela ne profite pas à la population locale. Laisser aux agriculteurs négocier le prix du coton serait plus bénéfique que de leur imposer une production démesurée avec un prix qui ne leur permet pas de dégager une marge suffisante. De plus, la BCI n’impose pas une culture biologique du coton qui impliquerait une production sans pesticides. Pourtant, cette culture permettrait une eau moins polluée par les divers produits chimiques et moins dangereuse pour la population.

Au lieu de produire du coton avec le label BCI, qui est certes meilleur mais tout de même très pollueur, cette fibre peut être remplacée par le chanvre qui consomme deux fois moins d’eau et produit deux à deux fois et demi plus de fibres. Cette alternative pourrait donc être une solution judicieuse puisque sa culture prendrait moins de place sur les terres fertiles. Ces dernières pourraient même être utilisées pour l’agriculture locale, par exemple. De plus, cette fibre a besoin de très peu de produits chimiques, contrairement au coton. De cette façon, la condition de vie de la population serait améliorée car elle boirait une eau et respirerait un air moins pollués.

Un autre moyen, plus efficace, serait de limiter notre consommation de vêtements en cherchant toujours le meilleur rapport qualité/prix et cela pousse les grandes enseignes à réduire leurs coûts sur la main d’œuvre.

Alors, nous pouvons nous demander pour quelles raisons les grandes marques telles que H&M, Adidas ou encore IKEA ont fondé la BCI puisqu’elles encouragent la consommation ? Selon moi, l’unique but est de présenter une meilleure image qui leur permettrait de vendre plus. L’esprit mercantile de ces marques ne les pousse pas à fonder des associations dans le but d’améliorer les conditions des employés ou de réduire l’impact sur l’environnement mais de plutôt se forger une meilleure image vis-à-vis de l’environnement. De plus, comme nous l’avons vu plus haut, la BCI n’a pas un impact assez important pour améliorer la condition des travailleurs. Les marques font donc croire à leurs clients qu’ils achètent un habit produit dans de meilleures conditions. Ce n’est pas totalement faux, mais nous sommes loin d’un réel progrès.

 

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