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Banlieues parisiennes: l’affaire Théo

le mardi 30 mai 2017 dans Articles d'élèves, Société | 0 commentaire

Un article de Valentin et Eddy

 

 

Le 2 février 2016 vers 17 heures à Aulnay-sous-Bois, dans la Cité des 3’000, quatre policiers procèdent à un contrôle d’identité sur une dizaine d’individus qui semblaient dealer du crack. La procédure dégénère et les policiers ont recours à la violence. A ce moment arrive Théo, un jeune Noir de 22 ans, qui essaie de calmer la tension et les violences entre les policiers et les individus. Théo se fait interpeller par les policiers. Ils le frappent à coup de matraques. Pendant l’arrestation Théo, le jeune homme de 22 ans se voit enfoncer une matraque dans son anus par l’un des quatre policiers, le blessant grièvement.

Le parquet de Bobigny, qui est en charge de l’affaire, a mis en examen pour viol par personne ayant autorité et violence volontaires le policier soupçonné qui nie avoir eu l’intention de le violer avec sa matraque et il a été placé sous contrôle judiciaire. Les trois autres policiers de l’affaire ont eux aussi été mis en examen pour violence volontaire.

 

 

Quand on parle de la vie en banlieue, plusieurs stéréotypes viennent en tête dont notamment les cités malfamées où la criminalité règne. Pourquoi cet événement s’est produit à Aulnay-sous-Bois et non au cœur de Paris? Les clichés ont-ils une réalité? Qui habite dans cette banlieue et quelles y sont les conditions de vie ? Quel sont les rapports entre les jeunes et la police dans cette banlieue, et dans les banlieues en général ?

 

La vie en banlieue parisienne

Tout d’abord, il faut identifier les types de banlieues présentes en région parisienne. À l’ouest, en Hauts-de-Seine (92), la population vit plutôt aisément, dans des villes où le salaire annuel médian et au-dessus de la moyenne comme Versailles, Le Vésinet, Saint-Germain-en-Laye, Rueil-Malmaison. Alors qu’au nord-est, en Seine-Saint-Denis (93), la situation n’est pas la même et en particulier dans la cité des 3000. La cité des 3000 est le surnom donné à cet ensemble de bâtiments qui s’appelle “La Rose des Vents”, faisant référence à ses 3000 logements.

La Rose des Vents se situe dans la commune d’Aulnay-sous-Bois dans le département de la Seine-Saint-Denis. Dans ces quartiers, en 2013, le revenu moyen reste en dessous de la moyenne, même s’il est en augmentation. Le salaire médian en France s’élève à 2’129 € par mois alors qu’ici c’est 1’434 €. Il est plus faible qu’ailleurs car la plupart des habitants ont peu de qualifications professionnelles.

 


Dans la cité de la Rose des Vents les habitants sont majoritairement issus de la migration. Mais on peut aussi y trouver de jeunes couples et des retraités souhaitant souvent déménager, des familles vivant dans la pauvreté et des chômeurs, qui représentent plus de 13.2% de la population de Seine-Saint-Denis en 2013. Parmi cette population, on compte la même année 72’874 mères célibataires.

Les salaires n’étant pas élevés, beaucoup sont condamnés à vivre dans des vieux bâtiments gris mal entretenus où les loyers sont bas. En effet, ces bâtiments construits dans les années 1960 pour loger une population en augmentation, ont vu les habitants progressivement changer dans les années 1970 pour loger une population qui arrivait en masse, en particulier les migrants d’Afrique Nord.

La cité a été rénovée en 2005. La majorité des 20’000 habitants sont des immigrés.  L’Insee a recensé plus de 34’000 étrangers vivant en Seine-Saint-Denis. Cependant, de par le droit du sol, les enfants d’immigrés sont de nationalité française.

 

 

Même si l’Etat a investi plus de 47 milliards d’euros dans les banlieues, ce quartier a depuis toujours des problèmes avec la police et offrent une image négative.

 

 

Les personnes les plus touchées sont les jeunes. Les problèmes familiaux vont affecter la scolarité de l’enfant et aboutir la plupart du temps par un échec scolaire. Sans avoir fait des études, il est difficile de monter dans la hiérarchie sociale. Une grande partie de la population ayant grandi à la Rose des Vents échoue à l’école et se tourne plus vers « les activités du quartier » et les petits trafics. Certains dealers arrivent à gagner presque 3 fois le SMIC et cela encourage malheureusement à la population de banlieue à se diriger vers des pratiques illégales.

Cependant, il ne faut pas non plus alimenter les stéréotypes, comme quoi les jeunes de banlieue seraient des caïds de cité trainant dans les rues, devant les entrées de bâtiments. Ceux-là ne représentent qu’une minorité.

 

Les émeutes de 2005

 

 

Nous pouvons faire un parallèle avec les émeutes de 2005 où des violences entre jeunes et policiers ont éclaté suite à la mort de deux jeunes poursuivis par la police qui se sont réfugiés dans une centrale électrique et sont mort électrocutés. Ces jeunes de 15 et 17 ans, d’origine tunisienne et mauritanienne, tentaient d’échapper à un contrôle de police. Leur mort a provoqué des émeutes à Clichy-sous-Bois qui ont fait beaucoup de dégâts sur les infrastructures publiques. Des voitures et des bus ont été brûlés, des écoles et des gymnases ont été saccagés. Environ 9000 véhicules ont été détruits et 3000 personnes arrêtées.

Aujourd’hui, le viol de Théo a provoqué des violences, quelques voitures ont été brûlées par des jeunes, mais les dégâts sont infimes par apport à ceux de 2005. Cependant l’agression de Théo par les policiers a ravivé la colère de la population de la cité des 3000. Théo n’est pas mort, c’est peut-être pour cela qu’il n’y a pas eu des émeutes aussi grandes qu’en 2005-

 

Les Maghrébins et les Noirs font plus l’objet de contrôles d’identité. Cette discrimination dans les contrôles explique une partie de la colère envers les policiers des jeunes des cités, et en particulier ceux des minorités. Il n’existe pas de statistiques officielles sur les contrôles d’identité, comme le souligne Le Monde:

Cependant, de nombreuses études menées ces dix dernières années attestent d’un recours massif aux contrôles d’identité de la part des forces de l’ordre, et soulignent leur caractère discriminatoire.
Il est ainsi avéré que le nombre de contrôles d’identité n’a cessé de s’accroître en France au fil des années, faisant de l’Hexagone l’un des pays européens y ayant le plus largement recours. […] En 2008, une étude de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT), portant sur un échantillon de 50 000 jeunes, affirmait que 28 % des jeunes de 17-18 ans avaient été contrôlés au cours des 12 mois précédents, soit 38 % des garçons et 16 % des filles interrogés. Parmi les contrôlés, 31 % l’avaient été plus de trois fois dans l’année.
Le sondage d’Opinion Way publié en 2014 révèle, lui aussi, l’ampleur des pratiques discriminatoires qui accompagnent ces contrôles d’identité. Pour les personnes ayant subi au moins un contrôle, le nombre moyen de contrôles par personne au cours des douze derniers mois s’élevait à 2,65. Cependant cette moyenne augmentait de manière significative pour plusieurs catégories : 4,76 contrôles au cours des douze derniers mois pour les personnes ayant des ascendants étrangers, et même 8,18 contrôles pour les personnes ayant des ascendants originaires d’Afrique du Nord.

Le viol de Théo, ajouté à la fréquence des contrôles, a certainement été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

 

 

Du côté de police, plusieurs policiers ont commenté l’interpellation de Théo. La police se base sur la vidéo à l’aide de l’IGPN. (Inspection Générale de la Police Nationale) qui montre que les policiers n’ont pas baissé le pantalon de Théo, contrairement à ce qu’il dit. Cependant la police ne nie pas le fait que l’arrestation fut musclée. La matraque dans l’anus de Théo ne serait en fait qu’un coup de matraque à l’arrière du genou pour faire tomber Théo. Celui-ci ayant bougé,  le coup à atteint les fesses, raconte un policier, en contradiction avec le témoignage de Théo qui accuse la police.

Le problème est que la police à plus en plus de pression. Les policiers subissent les injures des jeunes de banlieues et dès qu’une arrestation tourne mal ils sont aussitôt blâmés.

Du côté des victimes d’interpellation violente, quelles sont les possibilités de défense?

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