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Pourquoi la banane est-elle le fruit le plus consommé et exporté dans le monde ?

le dimanche 26 mai 2019 dans Articles d'élèves, Environnement, Flux | 0 commentaire

Par Laura, Elisa, Alison, Charlotte

 

Originaire de l’Asie du Sud-Est, le bananier a été très vite domestiqué par l’homme, il y a près de 7’000 ans en Papouasie-Nouvelle-Guinée et son implantation s’est étendue rapidement jusqu’en Inde, au sud de la Chine via la Birmanie, de Taïwan jusqu’au nord de l’Australie et la Polynésie via les Philippines. Des traces archéologiques de bananeraies ont été découvertes en Malaisie et datées de 3’000 avant notre ère. Puis la culture de la banane s’est répandue en Afrique de l’Est au début de notre ère et jusqu’en Méditerranée (Afrique du Nord et Espagne) en 650 après Jésus Christ, pour atteindre Hispaniola (Haïti et Saint-Domingue) en 1516.

Dès 1870 la production de la banane a des débouchés à l’international, la rentabilité du produit favorise l’investissement de capitaux américains. Pour finir trois multinationales américaines (Chiquita, Dole et Del Monte) se partagent la plus grande part des exportations mondiales soit 65%. Et bien que, au final, 90% de la production soit consommée sur place (c’est-à-dire en Asie, en Amérique latine et dans les pays pauvres d’Afrique), les 10% restants de la production de la banane en font, et de loin, le fruit le plus échangé au niveau international.

 

Une banane pour tous ?

 Avec plus de 1’000 variétés de bananiers (1’200 variétés sont conservées à l’Université catholique de Louvain en Belgique qui est le sanctuaire mondial des bananiers), nous ne connaissons, sous nos latitudes, et hors quelques plantains, que la banane « dessert » de la variété « Cavendish ». De manière assez amusante, cette banane « dessert » est pourtant une exception, la majorité des bananes consommées chaque année dans les pays du sud évoqueraient un type « pomme de terre », la banane plantain, consommée cuite ou fermentée afin de transformer l’amidon qu’elle contient en sucre. Ce mode de consommation représente 85% de la production mondiale de toutes ces centaines de bananes différentes.

La « Cavendish » est produite de manière industrielle, le même plant étant dupliqué sur des hectares et des hectares. Faciles à cultiver, cueillies très vertes, les bananes sont faciles à emballer, à transporter et donnent, lors de la maturation dans le pays de destination, une belle couleur jaune uniforme. Les bananes sont de même calibre et de même longueur, la pulpe doit avoir un diamètre de 3 à 5 cm et une longueur de 23 à 25. Transportées en bateau (Chiquita possède même sa propre flotte de bateaux pour transporter les bananes à travers l’Atlantique) à température constante de 13°C, afin d’endormir le processus de maturation, les bananes sont « réveillées » à l’éthylène, un gaz naturel qui déclenche le mûrissement pour arriver sur nos étals parfaitement mûres et juteuses.

Pauvre en graisse et riche en magnésium et potassium, la banane est à la fois une bonne source de vitamines (telles les vitamines B6, C et A) et reste un fruit très digeste. Ce curriculum impressionnant explique aussi que ce soit souvent le premier aliment que les bébés découvrent, sa sucrosité le rend aussi très agréable. Il est intéressant de noter que 40% de la consommation de la banane « Cavendish » se fait au petit-déjeuner.

En Suisse la consommation de bananes est de 10kg par habitant par année, de 2 kg en Chine à 50 kg en Océanie, et même 250 kg en Afrique de l’Est. La France de son côté en consomme environ 7,5 kg, soit environ 50 bananes par habitant, contre 12 kg pour un Américain, en gardant à l’esprit que la majorité des bananes consommées sont des bananes plantains.

Comme nous pouvons le voir, si la banane n’est qu’un fruit exotique agréable en Occident, elle est un aliment de base important dans les pays pauvres en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. C’est donc un élément important de la sécurité alimentaire mondiale.

 

https://www.planetoscope.com/fruits-legumes/1177-productions-mondiale-de-bananes.html

 

Evolution entre 2000, 2005 et 2011 de la production de bananes :

Production de bananes

en millions de tonnes

2000

2005

2011

Inde

30

20

15

Chine

>10

>5

5

Philippines

<10

>5

5

Brésil

>5

>5

5

Equateur

<5

5

5

Indonésie

<5

5

5

 

https://fr.actualitix.com/doc/cartes/wld/carte-du-monde-banane-pays-producteurs-par-pays.jpg

 

Le plus gros producteur de bananes est l’Inde, suivie au coude à coude par la Chine et les Philippines. Mais les producteurs d’Asie n’exportent que 15% de leur production.

 

Exportation et importation

 

 

C’est donc l’Amérique latine qui est le leader de l’exportation de bananes avec près de 81% des exportations. Et c’est cinq entreprises multinationales qui sont en quasi-monopole : Chiquita, Dole, Del Monte, Noboa et Fyffes gèrent entre 40 et 100% de la production dans certains pays d’Amérique centrale et jusqu’a 80% de la production mondiale. De plus l’américain Chiquita et l’irlandais Fyffes ont fusionné en 2014 étendant encore la part de marché du géant Chiquita. L’Asie, leader de la production, n’exporte que 15% de lexportation mondiale.

 

https://www.fruitrop.com/Articles-par-theme/En-direct-des-marches/2018/Banane-d-Equateur-une-belle-annee-a-l-export-mais-avec-des-bemols

 

Le leader du sud de l’Amérique, qui exporte le plus et est en progression, est l’Equateur. Il s’est démarqué des autres car il a augmenté ses superficies cultivées. De plus les rendements du sol l’on avantagé. L’Amérique du Nord et l’Europe sont les deux marchés principaux recevant 70% des bananes équatoriennes exportées. Qui remplissent aussi leur stock grâce à l’Equateur.

 

Trop beau pour être vrai ?

 Pour autant, la banane, dans sa forme de production actuelle, est-elle une réelle solution pour l’alimentation mondiale ?  La banane représente une importante source de revenus et d’emplois. Il existe un intime lien entre l’industrie de la banane et la sécurité alimentaire des ménages, car c’est une industrie qui nécessite une main d’oeuvre nombreuse et peu qualifiée toute l’année. Ceci joue donc ainsi une lutte contre la pauvreté. Mais il faudra pour répondre à cela se concentrer sur l’éthique, sur la production et sur le résultat du côté des producteurs.

En situation de quasi-monopole, les cinq multinationales peuvent guider les producteurs et les ouvriers à la baguette. Ainsi au début des années 90, les grands distributeurs européens ont décidé de faire baisser le prix de la banane. Le résultat fut, évidemment, une perte de rentabilité qui fut entièrement supporté par… les ouvriers agricoles. Pour représenter cela le graphique ci-dessous exprime la répartition des gains d’un kilo de bananes en Suisse.

 

 

Ainsi sur Fr. 3.30 du prix d’un kilo de bananes, Fr. 1.30 revient au supermarché (Migros, Coop, …), Fr. 1.- à l’entreprise qui a son nom sur la banane (Chiquita en Europe), 60 ct au transporteur (encore Chiquita en l’occurrence), 35 ct au propriétaire de la bananeraie (bien souvent encore Chiquita) et 5 ct pour l’ouvrier agricole. Ce qui donne, un salaire journalier entre Fr. 4.50 et 6.-, même aux conditions de vie locales, c’est une misère.

 

Conclusion

La banane est un fruit emblématique de notre génération, à portée de main facilement, sur les étalages toute l’année, peu cher et riche pour l’alimentation humaine, il est à la fois un souvenir d’enfance, recommandé pour les sportifs et plus généralement pour une bonne hygiène de vie. Fruit internationalisé, de plus en plus commercialisé, la banane est entrée dans l’histoire de notre civilisation. Avec une croissance continue, c’est un aliment de base et fortement populaire dans les pays développés comme dans ceux en développement. Mais le prix éthique et écologique est énorme. Avec qui plus est aucune chance de la produire localement. La banane est le fruit le plus consommé, le plus exporté, mais il est probable que cet intérêt pour ce fruit exotique, nous le payions dans les décennies à venir.

 

 

Sitographie

http://www.bananalink.org.uk/ : Travailler à un commerce équitable et durable de la banane et de l’ananas (Consulté le 29 mars 2019)

https://pages.rts.ch/emissions/abe/403098-banane-abe-teste-l-ethique.html: Banane : ABE teste l’éthique (Consulté le 15 avril 2019)

https://www.cirad.fr/nos-recherches/filieres-tropicales/banane-et-plantain/contexte-et-enjeux: Banane et plantain (Consulté le 15 avril 2019)

https://www.universalis.fr/encyclopedie/banane/2-un-marche-mondial-de-la-banane-domine-par-les-exportations-latino-americaines/ : Un marché mondial de la banane dominé par les exportations latino-américaines (Consulté le 15 avril 2019)

 https://www.planetoscope.com/fruits-legumes/1177-production-mondiale-de-bananes.html: Production mondiale de bananes (Consulté le 20 avril 2019)

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Banane#March%C3%A9_mondial_de_la_banane : Banane (Consulté le 26 avril 2019)

 

Bibliographie

Maillard Jean-Charles, Le marché international de la banane, étude géographique d’un « système commercial ». Le complexe agronomique et technique de la banane, Fruits, 1984, 39 (9) : 501-539.

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